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La Tunisie a le béguin pour le Boga

Alors que les Aigles de Carthage, l’équipe nationale de football, s’apprêtent à jouer leur premier match de la CAN (Coupe d’Afrique des nations) à 19h30, il est de bon ton de causer de la Tunisie aujourd’hui. Et moi, quand je cause, c’est soda – et pas religion ou pédophilie comme certains le présument, bien que j’adore les prêtres et les enfants, de préférence ensemble dans la même pièce. Donc, qui dit soda et Tunisie dit Boga. Une fierté nationale en quelque sorte, à l’instar de son voisin algérien le Selecto. Pourtant, même si les deux boissons gazeuses sont similaires en plusieurs points, il vaut mieux ne pas établir de comparaison : d’après mon amie Anita Pepita, journaliste/chroniqueuse/pousse-disques bordelaise et tunisienne de surcroît, « le Selecto a toujours fait de l’ombre au Boga, bâtard de Selecto ». C’est vous dire si la rancoeur est tenace. Bref, no more Selecto, que du Boga… Mais lequel?

Non contente de truster la quasi-totalité du marché tunisien de la bière (un partenariat avorté avec Heineken a empêché son expansion), la Société Frigorifique et Brasserie de Tunis peut également se targuer de squatter les linéaires boissons gazeuses et les restos/bars du pays, « du café pouilleux au plus prestigieux des salon de thé », grâce à la distribution de C***-C*** sur tout le territoire mais surtout grâce aux quatre Boga’s dans le vent depuis près de quarante ans : Boga Bidha, qui rappelle le Sprite ou le 7 Up; Boga Light, sa version light; Boga Menthe, sa version menthe et Boga Cidre, sa version cidre… Ah bah non, ça a pas goût de cidre, ça a goût de Selecto! Oups, mes excuses au peuple tunisien. Plus sérieusement, je reviendrais sur sa saveur un peu plus tard dans l’article. Un succès tel qu’il dépasse les simples frontières planétaires puisque même le vil Jabba the Huth, dans La Guerre des Etoiles, en parle à Han Solo à 27 ».

Avec une pizza, rien de mieux qu'un bon Cowa-Boga!

Trève de plaisanteries, la boisson Boga est extrêmement populaire au pays de Ben Ali, vous l’aurez compris. Non pas (seulement) parce qu’elle étouffe le marché mais aussi parce qu’elle use de la publicité avec brio. La dernière en date? Une campagne publicitaire ayant pour axe central la star montante du cinéma tunisien Dhafer el Abidine (aperçu dans le film Sex & the City). Resituons le contexte grâce à Afrique Magazine : « Il est beau, talentueux, intelligent, éloquent, diplômé, il a tout pour lui et il est l’acteur dont tout le monde parle en Tunisie ». Tout comme le Boga, en somme. Et finalement qui de mieux qu’un beau gars pour représenter le Boga? Soit, mais là où O’Gilvy Label et Mindshare Tunisie (agences publicitaires en charge du budget) ont su la jouer fine – ou lourde, c’est au choix – c’est avec leur campagne 360°, comme l’explique si bien le site Blog2Com.com.

Affichage sauvage, fausses petites annonces dans les canards du coin, et buzz autour du spot publicitaire (où une vieille dame interrompt le tournage parce qu’elle ne comprend pas la différence entre réalité et fiction… Ou qu’elle est payée par la prod?) ont assis la pré-campagne avant le placardage massif sur tous les abris-bus tunisiens d’affiches parodiant le What Else? de George Clooney. Cerise sur le loukoum : l’arrivée d’un jeu Facebook « aide Dhafer à récupérer sa canette » afin d’appuyer la connivence entre la marque et ses consommateurs. A tel point que le site BogaCidre.com renvoie désormais sur la page Facebook de l’application… Bon, qu’on se le dise, le jeu est nul car absolument incompréhensible. Si vous voulez essayer, allez-y! Et si vous parvenez à le finir, faites-moi passer pour une buse! Si on passait aux choses sérieuses, celles qui n’intéressent que les esthètes du soda, la partie « test » du Boga? Mais du Boga Cidre, s’il vous plaît.

Concrètement, le Boga (qui tient son nom de BOisson GAzeuse) est au soda ce que le lièvre est à l’athlétisme : un allumeur. Dès les premières effluves, on sent cet arôme si cher aux boissons du Maghreb, subtil mélange d’odeur médicinale et de fruit outrancier. Première gorgée : pas déçu… Ah ben si, en fait. En l’espace de cinq secondes, toutes les saveurs disparaissent en même temps que les bulles. Finalement, le Boga n’est pas un lièvre, c’est un éjaculateur précoce. Gustativement, Wikipedia rapporte qu’on y retrouve « la banane, la racinette et le Kampane ». J’y ressens plus une saveur de pomme… Hey comme dans le cidre! Ou le Selecto! Eh merde, j’avais dit que je le ferais plus…

Informations techniques : Comme d’hab’ pour mes sodas du Maghreb, le 14 Marché, 14 rue Marx Dormoy (Métro Marx Dormoy ou La Chapelle). Même si le Boga est trouvable dans toutes les bonnes épiceries du XVIIIe qui se respectent. 1,60€ le litre et demi, c’est donné… 1,60€ pour un cinq secondes de plaisir, ça fait cher… A vous de voir!

Matthieu Rostac

Crédit photo : Aurore Colibert, Akramus et Replikultes.net

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Selecto : le Coca du pauvre n’en est pas un!

Avant de lancer Jaimelesoda.com, je me suis longtemps creusé la tête (si si, je vous assure!) afin de déterminer quel soda inaugurerait le mieux ce blog en fanfare. Il fallait un soda original, décalé, étranger mais qui puisse parler à (à peu près) tout le monde. C’est alors que le Selecto est venu jusqu’à moi (c’est une image, bien sûr)… Bon sang, mais c’est bien sûr! Le Selecto!!!

Même si la nébuleuse sodaïque te paraît complètement abstraite, tu as déjà été touché(e) par cette obscure boisson gazeuse qu’est le Selecto, toi, jeune et curieux internaute. Oui, car n’importe quelle personne normalement constituée, née dans les années 80(*) a déjà eu un contact, de près ou de loin, avec le roi des sodas algériens. Peut-être ne t’en rappelles-tu pas… C’était en 1999. La France est jeune championne du monde de foot, Paco Rabanne veut faire péter la planète avec l’aide des Soviets et le 113 sort son premier album, Les Princes de la Ville. Au sein duquel figure l’inénarrable tube générationnel Tonton du Bled. Léléla!

Souvenez-vous cette superbe punchline qui ouvre le pont musical du tube made in Vitry-sur-Seine(**) : « J’suis à la plage à Boulémat avec mon zinc et mon derbouka/Dans la main un verre de Selecto imitation Coca/Une couche de Zit-Zitoun sur le corps et sur les bras /Avec mon pote sur un fond de Zahouania ».

Mais il y était vraiment à Boulemat avec son zinc'?!

Eh oui, sans le vouloir, le 113 a tendu l’oreille de deux nombreuses personnes vers cette mystérieuse « chose » qu’est le Selecto imitation Coca. Alors, remettons les pendules à l’heure. Exactement, le Selecto n’est pas un ersatz de la diabolique boisson rouge comme on en trouve une foultitude dans les GMS. Le Selecto est une boisson gazeuse pionnière : elle voit le jour au début du XXe siècle, peu après les grands sodas américains, des mains talentueuses du « sourcier » algérien Youssef Hamoud, limonadier de son état. Un temps nommée Victoria, la boisson deviendra définitivement le Selecto, pour mieux illustrer la sélection minutieuse des ingrédients utilisés pour la concoction du breuvage. Ca, c’était pour la petite histoire. Maintenant, on va taper dans le bois dur, esthètes du soda.

Clairement, le Selecto n’a rien à voir avec le Diable fait soda C***-C***, la seule similitude résidant dans le secret de la recette et un vague rouge comme couleur d’appui. Non, le Selecto, c’est un habile mélange d’essence de pomme et un dosage glucidique de diabétique qui lui donnent une saveur surannée de joli bonbon. Un Arlequin de Lutti de 1,5l, pour synthétiser. Avec un petit plus indescriptible qui vous reste dans la bouche plusieurs minutes, une pâteuse agréable qui en fait selon moi la Rolls Royce des sodas du Maghreb. Le Selecto est donc un soda assez facile à terminer, si tant est que l’on est pas écoeuré par les effluves de saccharose. D’autant que la boisson garde ses bulles assez longtemps. Et puis bon, le packaging rouge/bleu saturé et sa police datée lui donnent un petit côté rétro-local. Pop the Casbah! Dis-moi, papy, c’était comment l’Algérie en 62? T’en mettais, toi, du Zit-Zitoun?

Indications techniques : Si vous comptez trouver du Selecto, je n’ai pas d’endroit en particulier à vous conseiller. On en trouve en GMS ( notamment au Supercasino, 125 Boulevard Vincent Auriol PARIS 13, métro Nationale) ou pour les puristes, dans les épiceries et autres alimentations générales des tréfonds du 18e arrondissement telles que le 14 Marché, 14 rue Marx Dormoy (Métro Marx Dormoy ou La Chapelle). Les prix oscillent entre 1 et 1,60€. Pas cher donc, pour une Rolls Royce.

Matthieu Rostac

Crédit photo : Aurore Colibert et un obscur Skyblog


* Pour ceux qui sont nés avant les années 80, logiquement, vous n’êtes plus en âge de consommer du soda. Vous êtes établis, une belle maison (à crédit), des enfants (à crédit aussi) et donc, point d’épicerie qui n’a de fine que le nom pour vous nettoyer l’estomac après un samedi soir mouvementé. A l’inverse, si tu es né après les années 80, ahah, va m’acheter de suite cet album collector du 113, monument de la dévolue culture Skyrock nineties.

** Paroles trouvées sur le collégial et élégant site de paroles Rap2France.com.