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Un soda de mauvais goût ?

Finalement, Staline, c'est un peu Groucho Marx : les lunettes et l'humour en moins...

Qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête des responsable de la marque Pivovar, distillerie située à Volgograd ?

Mais commençons en Histoire, vous voulez bien? Ancienne Stalingrad jusqu’en 1961, la ville russe s’apprête à fêter ce mois-ci le 67e anniversaire de la bataille de Stalingrad qui voyait l’Union Soviétique l’emporter sur le régime nazi à la suite d’un long et fastidieux combat de six mois. La victoire de Staline sur Hitler durant la Seconde Guerre Mondiale (Grande Guerre Patriotique en cyrillique), en d’autres termes. Pour les plus tatillons, n’oublions pas que cette bataille a fait plus d’un million et demi de victimes dont les deux tiers côté bolchevik…Derrière cette victoire, Staline assied son pouvoir et sa popularité auprès du peuple dont il est le Petit Père et ce, malgré les atrocités qu’il a pu faire avant-guerre (Goulag, Grandes Purges, assassinats des dissidents à répétition, etc) et qu’il continuera à mettre en place jusqu’ à sa mort survenue le 5 mars 1953.

Qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête des responsables de la marque Pivovar, je réitère ma question ? Courant du mois, cette société a décidé de commercialiser une boisson gazeuse à l’effigie de Staline pour commémorer la bataille de Stalingrad (la vraie, pas celle avec Jude Law et Ron Perlman). Et en édition limitée, excusez du peu, pour rendre l’objet « collector ». C’est le journal russe Komsomolskaya Pravda, ancien journal officiel du Parti et du régime, devenu par la suite pro-russe, qui révèle l’affaire. A ce titre, le patron de Pivovar Boris Izgarshev s’est défendu en déclarant qu’il « ne pensait pas qu’il y avait quelque chose de mal là-dedans ». Boisson gazeuse qui portera donc en médaillon le portrait en noir et blanc de Staline ainsi que celui de deux généraux victorieux de Stalingrad. Apposés sur une étiquette rouge, de circonstance.

Ah bah si, il savait rigoler le bougre...

Et Izgarshev d’ajouter « qu’il y aura de la demande ». Car là est tout le paradoxe de la Russie. Coincée entre une modernité qui peine à avancer (entrée dans l’UE sensible, économie de marché en berne) et un passé glorieux et prospère (notamment sous Staline) qui resurgit de manière similaire à l’Ostalgie observée en ex-RDA, la neuvième puissance mondiale doit ménager la chèvre et le choux . Comme le présente assez bien ABC News qui s’appuie sur les propos de l’ancien président Vladimir Poutine concernant l’empreinte stalinienne dans son pays, loin d’être un enfant de choeur : « je comprends combien la question est sensible. Il y a embuscade : si je dis des choses positives sur lui, de nombreuses seront en colère ; si j’en dis de mauvais, d’autres le seront également ». Il n’empêche, une boisson gazeuse, consommée à grande échelle, possède un grand pouvoir fédérateur : voilà donc un objet qui ne manquera pas d’amplifier le capital sympathie du bourreau Staline…

Mais ici, un problème se pose. Il ne faut pas faire l’amalgame entre régime communiste qui, par moments, a su montrer ses forces et un dictateur qui a user de la force et la répression pour appliquer une politique qui n’était plus commune mais sienne. Adouber le communisme comme fierté nationale passée, oui (on a bien brûlé puis placé Jeanne d’Arc dans toutes les villes de France et de Navarre, nous!). Adouber Staline pour ses victoires World War Tour en occultant le fait qu’il ait tué de milliers de ces concitoyens, non. Alors si vous me trouvez véhément envers les communistes et Staline, regardez plutôt ce qu’en disent les amerloques, encore enorgueillis de leur victoire sur Gorbatchev, même lorsqu’ils sont journalistes de JT… J’allais oublier : le soda, dont on ne connaît pas encore le nom, aura goût de citron acidulé. Pour certains, cette boisson sera plutôt amère… Et difficile à digérer.

Matthieu Rostac

Crédit photo : Vulpeslibris.wordpress.com et Wikipédia

PS : Merci à Ugo pour le lien!

Monsieur Poulpe et ses fesses rousses/au gingembre

Oh mon Dieu!!! Monsieur Poulpe est mort pour son art : il s'est auto-cuisiné...

Monsieur Poulpe est drôle. Très drôle, même. C’est sûrement pour cela qu’il a intégré l’équipe d’écriture des épisodes de Caméra Café 2, la séquelle de l’inénarrable programme comico-court à la française. Et c’est même pour lui rendre hommage que cet article est publié aujourd’hui, jour de lancement de la nouvelle série. Tout ça dans le but de me faire mousser (qu’il est malin!)… Bref, mais Monsieur Poulpe, c’est qui? Enfin, c’était qui? Originaire de Buchy, village normand où seul un chômeur lensois oserait élire domicile, ce grand et mou dadet  intègre l’équipe de la chaîne No Life dès sa création, en 2007. Grâce à la série Nerdz dont il est l’auteur (en compagnie de Davy Mourier et Didier Richard et) et l’acteur principal, No Life devient une vraie chaîne de télévision à défaut d’être un réceptacle à clips emo/hardcore/à mèche et de perfects/combos de Tekken…

En 2008, No Life demande à Poulpy de plancher sur diverses idées d’émissions « à contenu ». Mange mon Geek était né…  Un ovni télévisuel où Monsieur Poulpe s’improvise cuisinier (avec réussite, attention) pour donner à manger à ceux de sa race, ceux qui ne lâchent jamais une manette si ce n’est pour un sandwich Kiri-jambon Lidl qui ne nourrit pas son homme… Des gros mots, plein de gros mots, des musiques débiles, du caca, des cascades, un tablier qui me rend fou, des blagues de geek (ou pas) et de la quasi-gastronomie en l’espace de trois saisons jusqu’en novembre 2008. Depuis, les plates-formes de vidéo sur le net ont repris le flambeau.

Plus que la recette de la tartine de Kibrie et son r’n’Brie chaloupé ou du Vomi de Noël avec Papa Tourette Noël, c’est l’épisode 4 de la saison 3 qui nous intéresse : celui du Ginger Fesse (juste au-dessus, là, clique!). Ou comment Monsieur Poulpe, dans son infini grandeur, fabrique un Canada Dry de fortune. Je n’ai pas tenté de le reproduire chez moi, pourtant la recette est simple, quel pleutre, mais aucun doute que le résultat doit être plutôt bon. Comme ses blagues sur les p’tites filles, gnéééé… Si vous accrochez vraiment à ses recettes et autres sketches, rendez-vous don sur sa page Dailymotion ou son blog Monsieurpoulpe.over-blog.com. En plus, il y fait participer Milka Manson (attation, NSFW buddies), ce qui est quand ‘achement über-cool chanmé… Ban allez, j’vous laisse, je vais me « désaltérer la race »!

Matthieu Rostac

Crédit photo : La recette du dredi

PS : J’avais une super blague alliant subtilement un peu du geek et beaucoup de l’esthète du soda que je suis, mais impossible de la placer. Donc : Soda, c’est plus fort que toi! Gaaah…

Coca-Cola : un Père Noël rouge de honte?

Coca-Cola et le Noël Papa… « Oh non, pas encore cette histoire! On nous l’a raconté des dizaines (voire plus) de fois! ». Je vous entends d’ores et déjà arriver sur vos grands chevaux, vous, adeptes de la sacro-sainte nouveauté de la nébuleuse bloguesque. Eh bien si, il faut quand même passer par les fondamentaux historiques pour maîtriser le présent, même en matière de soda. Et puis vous verrez, vous allez apprendre plein de choses intéressantes dans cet article! Enfin, pour l’assistance la plus réticente, je lui rétorque que nous sommes en période de Noël et quoi de mieux que la fameuse légende urbaine qui lie le fameux cola rouge et le bonhomme qui a remplacé Jésus depuis belle lurette dans nos coeurs d’enfants accros au glucose. Et toc!

On va pas y aller avec le dos de la cuillère et on va révéler le pot aux rose : le Père Noël n’est pas une invention du diabolique soda rouge et ses lutins ne se trouvent pas à Atlanta. « Oh mon Dieu! On m’aurait menti! J’en étais pourtant sûr, ces salauds de libéraux de chez C***! ». Blablabla… Ben non, le Père Noël dans sa forme « moderne » existait bien avant, pour tout vous avouer. Depuis le XIXe siècle pour être plus exact. A l’époque où la populasse amerloque, toujours ancrée dans son passé d’immigrante, le confondait encore avec le patriarche Saint-Nicolas, le pasteur Clément Clark Moore décrivait les bases du désormais Papa traditio-Noël dans son conte « The Night Before Christmas ». Et en 1821, Sinterklaas (Saint-Nicolas en néerlandais) s’américanisait en Santa Claus et adoptait le total look : longue barbe, joues rouges et ventripotent. Le Père Noël sera gros donc sympa. Quant à sa couleur rouge, présumée oeuvre du Diable fait soda, les avis divergent. Certains affirmeront qu’il ne s’agit là que d’une reprise du costume de Saint-Nicolas, pour d’autres tout porte à croire qu’elle est l’oeuvre de l’illustrateur Thomas Nast (aucun lien avec un quelconque et mauvais groupe de musique, je crois). En 1863, ce dernier représente dans la revue Harper’s Illustrated weekly le bonhomme ventru vêtu d’une veste et d’un pantalon rouge, tenus par un large ceinturon. Toujours pas d’apparition de C***-C***, donc.

Mieux, le soda rouge ne sera pas le premier à user de l’icône païenne de la nativité sur son propre terrain, la publicité. La marque de cigarette américaine Murad utilisait dès 1919 l’image d’un Père Noël junkie du porte-cigarette façon Loulou de Pabst (moins sexy que Louise Brooks, quand même!), aux antipodes du sempiternel fumer tue. Pis, le texte de la réclame assurait que lorsque Santa Claus demandait aux enfants ce qu’ils souhaitaient pour Noël, ces derniers choisissaient tous un bon paquet de mougeasses qui fait tousser. Prends ça, Ministre de la Santé! Quelques années plus tard, le soda rouge se voit même supplanté par un autre soda puisqu’en 1923 la Ginger Ale White Rock Beverages croque un Papa Noël bedonnant et rougeaud qui se frotte la panse en même temps qu’il se délecte des lettres d’enfant, une bouteille de bourbon sur la table. Prends ça, Charles Bukowski!

Tu aimes les enfants? Un peu trop? Et tu ne peux plus cacher ce secret? Deviens Père Noël avec C***-C***!

Et là, vous vous dites, C*** sont des grosses baltringues qui n’ont fait que pomper un concept qui ne doit son succès qu’à un matraquage à grande échelle. Oui mais non. On est à l’hiver 1931, la Grande Dépression pointe le bout de son nez avec un peu d’épaules, histoire de mettre la tête bien dedans. Le Diable rouge est dans les choux. A l’époque où Santa Claus n’avait pas de Barbie à distribuer, les pontes d’Atlanta se frottaient les mains devant les fours en dealant avec les nazis en Reichie (mais chuuut!). Problème, ça consomme plus sous la bannière étiolée… pardon, étoilée. Notamment en cette période d’hiver. C’est à ce moment-là qu’intervient un nouvel illustrateur, Haddon Sundblom. S’inspirant du conte de Moore, ce dernier représente le Père Noël une bouteille de C***-C*** à la main, histoire de reprendre des forces avant de repartir pour sa tournée mondiale de trains en bois et d’oranges dans les socks. Derrière ça, et pendant une trentaine d’années, la soda rouge bombarde les espaces publicitaires de Papas Noël tous aussi sympas les uns que les autres parce qu’ils consomment grave (mais trop quoi!) de C***. Haddon Sundblom, quant à lui, finira dans les calendars de pin-ups. Awesome. L’assurance d’une vie bien remplie.

Mais une question me brûle les lèvres : pourquoi donc tout le monde s’est acharné sur le Diable fait soda? Loin de moi l’idée de le défendre mais bon, étrange réaction que celle-ci. Après une tentative d’explication scientifique avec un spécialiste des légendes urbaines avortée, j’ai décidé de me lancer. A mon humble avis, une telle histoire a été créée de toutes pièces afin de voir un géant du consumérisme démoli par la conscience populaire. C$$$-C$$$ génère trop de fric et ça gène dans l’éthique. Accusons-les donc de jouer avec une icône populaire et mondialement connue synonyme de rêve et de féerie, concept dégueulasse, vous en convenez. Enfin bon, quand il s’agit de pasticher Rita Hayworth en Gilda ou d’utiliser des pipoles chanteurs, personne moufte. Oui, mais on s’attaque à l’imaginaire, là! Faut faire quelque chose… Et Nathan Grills, alors, on l’emmerde pas? Selon lui, le Père est un mauvais exemple parce qu’il cherche pas à perdre son ventre et cultive son embonpoint en faisant du traîneau, l’bâtard. Responsable de l’obésité chez l’enfant, donc. Mouais. Mon conseil, continue à boire du soda p’tit Père Noël, ça vaudra mieux. Et surtout du Coca-Cola (oups, j’ai lâché le mot). Parce que bon, Santa Claus en bleu Pepsi, sincèrement, ça l’aurait pas fait…

Matthieu Rostac

Crédit photo : ZPR Services