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Paso de los Toros : que reste-t-il de nos amours ?

Aurore Colibert ©

« Au beau milieu de l’Uruguay, là où passe le Rio Negro, vivaient des éclaireurs qui aidaient charrettes et troupeaux à traverser cette rivière extrêmement dangereuse lorsque le courant était fort. Pour leur force et leur bravoure, ces éclaireurs se faisaient appeler les hommes-taureaux » (*). C’est sur cette phrase énigmatique, empreinte d’un paganisme si cher aux sud-américains, que Paso de los Toros aurait été fondée… A l’origine ville de « peones », mère de l’auteur uruguayen Mario Benedetti, Paso de los Toros verra son destin bouleversée par la rencontre improbable d’un industriel anglais d’un étudiant en chimie de Montevideo. En 1926, George Jones et Romulo Mangini travaillent tous deux pour une usine de savon de la ville. Ils décident de diversifier cette activité en « recopiant » au mieux la recette d’un tonic anglais, le Bull Dog, seule boisson possédant ses droits d’entrée en « Suisse d’Amérique Latine » pour y lancer le premier soda made in Uruguay. Le Paso de los Toros était né. Le « capital » (si tant est qu’il y en ait un) de Paso de los Toros est ouvert aux villageois, à hauteur de dis pesos l’action. Une sorte de modèle d’économie participative à l’échelle locale, de droit du sol profitable aux descendants des laborieux hommes-taureaux. Pour la version longue, c’est ici. En espérant que vous aimez l’espagnol…

A l’orée des années 50, le succès est tel que la société voit ses actionnaires pulluler de même que ses usines sur le sol uruguayen, obligeant Mangini à s’implanter jusqu’à Montevideo. Ce qui, bien sûr, attise l’intérêt des conglomérats US, à la recherche de nouveaux marchés dans les pays émergents. Une fois n’est pas coutume, le géant Pepsi Co. remportera la mise au nez et à la barbe de son grand rival le Diable Rouge. La quantité de quinine contenues dans la boisson gazeuse devenant trop dangereuse pour les consommateurs, la société se lance dans des sodas aux fruits, notamment à l’orange, au citron et au pamplemousse. A la même période, le créateur Romulo Mangini meurt et Pepsi devient actionnaire majoritaire de la société Tonic Water Company Paso de los Toros. Ainsi commence le deuxième acte de l’histoire de Paso de los Toros, rentré dans le rang du capitalisme comme tout bon soda qui se respecte, après une escapade dans l’utopie mercantile. Paso de los Toros finit par traverser le fleuve Uruguay et s’implanter chez le frère ennemi argentin. La Celeste, l’équipe nationale de football de l’Uruguay ne retrouvera jamais son niveau d’antan. C’est un certaine idée du romantisme sud-américain qui s’évente.

Fernando Cavenaghi, joueur des Girondins de Bordeaux surnommé "El Torito" est... Argentin. Chienne de vie.

Au sens propre comme au figuré puisque désormais, la société Tonic Water Company Paso de los Toros met un point d’orgue à faire une croix sur le fleur bleue et le cucul. Un Paso de los Toros sabor pomelo à la main, de préférence. Pour sa dernière grande campagne publicitaire, réalisée par l’agence BBDO Argentine, les buveurs de ce soda au pamplemousse prennent un malin plaisir à briser les délires gnan-gnan de couples sirupeux et détestables. Raison invoquée ? « La douceur n’étanche pas la soif », d’après le slogan. Bien ouej, pour une boisson dite « amère ». De surcroît, pour créer le buzz, la société BBDO invente le site Mandaleunmensajeatuex.com (littéralement Envoieunmessageàtonex.com) où des amants éplorés peuvent déverser leur trop-plein de fiel sur leurs anciens partenaires sentimentaux, aux yeux et à la vue de tous. Pis, un an plus tard, l’agence de pub a publié un « recueil » des meilleurs messages – 6000 reçus, au total – distribué dans toutes les bonnes librairies. Et pour ceux ou celles qui auraient manqué un épisode, BBDO a disposé à divers endroits stratégiques des grandes villes argentines de magnifiques poupées vaudou piquées, sur lesquelles étaient laissées à disposition le livre d’or de l’aigreur, sobrement intitulé « la vengeance immortelle ». Début de la campagne : début février 2009, une semaine avant la Saint-Valentin. Ça, c’est du marketing !

Mais objectivement, que reste-t-il de ce valeureux soda, héritage des hommes-taureaux de la lande uruguayenne ? Je n’irai pas jusqu’à vous survendre le produit en vous déclamant que cette boisson gazeuse possède toute la force de caractère de ses aïeux et blablabla, on n’est pas dans une publicité pour le whisky… Une chose est sûre, c’est sans nul doute le meilleur soda au pamplemousse qui existe. Certes, il n’y a pas pléthore sur le marché mais à un Schweppes agrumes, je préfère encore le Paso de los Toros saveur pomelo. Pas outrancier pour un sou, le soda est très fin, acidulé ce qu’il faut tout en gardant la subtile amertume du pamplemousse. Le breuvage pétille juste, ne s’aplatit pas vite, laisse un agréable retour en bouche et, comble de l’esthète, se boit OBLIGATOIREMENT dans un verre. C’est mentionné sur le côté de la canette. Sinon, turista. Qui plus est, le packaging est plutôt sexy : old school mais pas trop, on boit ce que l’on voit. Et inversement. Dernière anecdote pour les petits rigolos adeptes de facéties estampillées Jamy & Fred ou Nature & Découvertes : les agents de quinine contenus dans la boisson font que le Paso de los Toros brille dans la nuit. Comme le Luminou, oui.

Informations techniques : je ne peux vous dire si l’on trouve en France du Paso de los Toros, la canette que l’on m’a rapporté vient d’Argentine… Sorry guys !

Matthieu Rostac

Crédits photo : Aurore Colibert et Sport 24

(*) Propos issus de l’ouvrage Historia de Paso de los Toros de Pedro Armua

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Personne ne fait le poids contre le Sumol ananas

Connaissez-vous la devise populisto-populaire de l’Estado Novo mis en place par le dictateur portugais Salazar? Fatima, foda e futebol. En français : de la religion, des pleurs et des idoles… Mais cette punchline de facho aurait pu être « fatima, fado e Sumol » tant le soda portugais fait office de fierté nationale à l’autre bout de la péninsule ibérique. Malheureusement pour moi – et heureusement pour les portugais – l’apogée du Sumol coïncide plutôt avec la Révolution des Oeillets et toute la liberté qui va avec. Créé en pleine période salazarienne durant l’hiver 1954 par l’industriel éclairé Antonio Joao Eusébio, le Sumol (d’abord au goût d’orange) connaître véritablement son essor à la fin des années 60, grâce à l’avènement de la publicité et du marketing. Sumol sera la première société à s’émarger de la réclame habituelle pour placarder dans les rues de Lisbonne des affiches estampillées « Beba Sumol ! ». La télévision fera le reste avec la publicité « Un chat est un chat. Un chien est un chien. Sumol est différent de tout cela ». A bon entendeur : cette boisson gazeuse est d’un goût que vous n’avez jamais connu. Depuis, « le Sumol fait partie de la vie de chaque portugais », comme l’affirme le site officiel de la boisson gazeuse lusitanienne. D’ailleurs, le nom Sumol vient de sumo, terme portugais qui signifie en français « jus » et de façon plus figurative, « essence ». Le jus des portugais mais l’essence du Portugal….

Par la suite, les agences publicitaires portugaises ne brilleront pas par leur créativité, à défaut de leur efficacité avec des campagnes à grande échelle. Au contraire, Sumol aura l’intelligence d’élargir sa gamme et de proposer différentes saveurs de Sumol en même temps qu’elle acquerra les licences Pepsi et Seven Up. Les arômes fruit de la passion, mangue et fraise feront leur apparition dans les linéaires de sodas portugais, tout acquis à la cause de Sumol. A tel point qu’à l’orée des années 2000 arrive l’idée du siècle des pubards portos avec les « sumolicos », des jeunes hommes et femmes accros au Sumol qui font découvrir le soda à leurs incultes d’amis. Une belle façon de renforcer un communautarisme nécessaire pour toucher la jeune cible. Une communauté qui n’est pas près de disparaître : la fan page Facebook française du Sumol tient dans ses rangs plus de 26 000 personnes. Mais passons. Cette hégémonie, la société lusitanienne le doit également à sa « saveur fétiche » : l’ananas… Avant Sumol, aucun soda ne portait le label « fruits exotiques ». Encore aujourd’hui, aucune boisson gazeuse ananas ne pousse dans la jungle des GMS. Si ce n’est le Sumol. Dans une trentaine de pays du monde entier. « Mais comment des maçons ont-ils pu être aussi fins? » me dis-je. J’adore être raciste… Plus sérieusement, il faut croire qu’envoyer les conquistadores en Amérique du Sud ou coloniser l’Angola, ça donne de la suite dans les idées…

Cristiano Ronaldo : "Yé soui oune porc tout gay é yen soui fierrr!"

Vous me direz donc : si aucun « sodananas » hormis le Sumol est trouvable en France, c’est que ça doit être bon? Eh bien oui! Et Non. Certes, la saveur « pineapple » donne un goût exotique intéressant, sans mauvais jeu de mot, mais le soda en lui-même reste très rapidement écoeurant. La faute à un sucre un peu trop grossier. Caralho, açucar! Pourtant, la marque Sumol jure que ses sodas sont peu chargés en glucose. Qu’est-ce que ça aurait été sinon..? Quoique, à bien y réfléchir. Dans mon souvenir, ma première bouteille de Sumol descendue, mes papilles d’esthète sodaïque avaient alors apprécié. Contrairement à cette second consommée il y a peu. Le manque de sucre aurait-il ôté son charme à la belle boisson de Algès? Le Sumol est comme une femme sexy et plantureuse à qui l’on aurait enlevé ses poignées d’amour… Pas grave, il nous reste toujours le fado pour pleurer.

Informations techniques : De la chance mes amis, de la chance! Le Sumol est assez répandu dans les GMS et son prix ne dépasse jamais les 1,50€ pour 1,5l. Le même tarif qu’un soda « habituel ». Donc honnêtement, essayez. Mon sens n’est malheureusement pas parfait. La preuve : je n’aime pas la morue… Je ne pourrais jamais être portugais. D’autant que niveau pilosité, c’est pas Byzance. Et BLIIIm, un cliché! D’ailleurs, en parlant de cliché, vous saviez que tous les portugais s’appellent Joao?

Matthieu Rostac

Crédit photo : Aurore Colibert et For Ladies by Ladies

Comme pisser dans un violon?

Le marché des sodas en Inde, c’est un peu comme l’échiquier politique américain : un despotisme bicéphale orchestré par les deux grands du soda américain C***-C*** et Pepsi, qui ne laisse que peu de place à une quelconque boisson gazeuse alternative. Et autant dire qu’en affaires, ces derniers sont de sacrés pisse-froids (Ok, elle était facile).

Voilà sûrement pourquoi une association hindoue, le Corps national de volontaires (Rashtriya Swayamsevak Sangh en VO sanskrit), a décidé de lancer son propre soda à… L’urine de vache! Gross, dude. Quoique, peut-être pas tant que ça… Om Prakash, leader du CNV assure que la boisson, nommée « gau jal » (eau de vache, sounds like a parfum, beurk!), est excellente. « Cela ne sentira pas du tout l’urine et n’en aura pas le goût non plus » déclarait-il au Times en février dernier. Il sait donc quel goût a l’urine? Juste pour établir la comparaison. Méthode purement scientifique. CQFD. Et un breuvage absolument sain avec ça puisque la boisson « n’est pas comme tous les autres sodas et se retrouve complètement dénuée de toxines » dixit Prakash.

Dans tous les cas, ce n’est pas la première fois qu’on essaiera de nous faire boire de l’urine dans un conditionnement ferrique. Rappellez-vous la fameuse légende urbaine des méchants rats qui font pipi sur des gentilles canettes du Diable fait soda pour mieux les contaminer. Maisi ici, pas de risque sanitaire. Bref. Au-delà de l’aspect commercial, le CNV semble user du « gau jal » à des fins plus politiques. En effet, cette association qui compte près de huit millions d’adeptes à travers le pays prêche un retour un nationalisme des plus ardus, proclamant notamment le rejet d’un quelconque influence étrangère dans son commerce ou sa culture. En 1948, un ancien du CNV, Nathuram Godse, assassine le Père de la Nation, Gandhi. Et depuis 2008, le CNV multiplie les actes de haine envers les chrétiens présents en Inde. Autant dire qu’ils ne sont pas là pour rigoler…

Une fois n’est pas coutume, avec ce soda, l’association prend l’hindou lambda par les sentiments. Comme chacun sait, la vache est un animal hautement sacré en Inde. Ses déjections et son urine sont parfois utilisées comme « purificatrices » lors de cérémonies. D’autant que l’urine de vache possède des vertus curatives : 70 à 80 maladies, d’après Le Point. Une aubaine, donc, pour chaque hindou et par la même occasion, pour le CNV. Seraient-ils meilleurs publicitaires qu’activistes?Reste à savoir si le peuple indien sera prêt à suivre une organisation aux méthodes coup-de-poing parfois douteuses. Et, le cas échéant, le soda rouge et Pepsi se partageant la quasi-totalité du marché des boissons gazeuses(98%), « la route sera droite mais la pente raide » pour parapher un ancien Premier Ministre français à tête de tortue. Alors « Gau jal, gau! »

Matthieu Rostac

Crédit photo : What the Foodge

Irn-Bru : if it’s not scottish, it’s crrrap!(*)

Un slogan osé et expéditif qui résume l’essence-même de la boisson nationale écossaise, le whisky l’Irn-Bru (prononcé Aïrenbru), voire par extrapolation, la nation écossaise lui-même (**).

Primo, l’écossais est fier. Comme n’importe quel britannique, vous me direz, mais les sentiments d’indépendance et de liberté sont bien plus puissants et flagrants une fois passé le Mur d’Hadrien. A tel point qu’en chaque écossais sommeille un William Wallace (le vrai, pas celui de Mel Gibson dans Braveheart). D’ailleurs, pour exemple, allez dire à un écossais qu’il est anglais… T’auras droit à une pèche bouillante! Bref, no more digressions. Donc l’écossais est fier. Très fier même. De sa culture, surtout. De sa gastronomie, parfois, et c’est bien ça le problème. Donc ce qui est d’origine écossaise est bon pour l’écossais (cf théorie fumeuse (***)). Plus que tout autre chose. Oubliez le Haggis et le Bruichladdich, pensez Fish’n’chips et Irn-Bru. Le taux en cholestérol du poisson frit local étant ce qu’il est, l’un ne va pas sans l’autre. Car l’Irn-Bru, ça nettoie la panse. Et pas que celle de brebis… D’ailleurs, le Irn-Bru est vivement conseillé, et ce de manière très sérieuse par les pharmaciens, pour les lendemains de cuite. Autant vous dire, donc, que la boisson orange fondée par Andrew Grieg Barr dans la petite ville de Falkirk en 1901 part comme des petits pains dans les divers points de restauration et GMS scots. Une institution nationale, en somme, qui s’est offert le luxe durant près d’un siècle de bouter les assaillants ricains du soda C*** et Pepsi du haut du marché. « Malheureusement », depuis 2003, la société A.G Barr et son produit phare Irn-Bru vendent autant que les deux autres. Autrement dit, l’historique combativité écossaise n’est pas près de prendre fin. Sur le terrain de Murrayfield comme dans les linéaires « boissons gazeuses » Tesco ou Somerfield.

Arrêtons les clichés! Les écossais ne sont pas roux! Moches, oui, mais pas roux.

Deuzio, l’écossais est costaud. La preuve : les Highlands Games. Ses lancers de lourdes pierres et de troncs d’arbres par des barbus râblés en kilt, chaque été. Focking graïte, man! Pendant les décénnies 70 et 80, la signature de Irn-Bru a été « Made in Scotland, from girders », fabriqué en Ecosse, à partir de poutrelles. Mieux, la première fois que le slogan fut utilisé, il s’est vu illustré par le pont de Forth Bridge. Un symbole. Tout d’abord, du fait que la boisson contienne une infime quantité – 0,002% – de citrate ferrique d’ammonium (ôtée de la recette en 1999, car dangereux, sont fous ces écossais). Ensuite et toujours, pour la fierté : l’Irn-Bru est une boisson qui rend fort et donc combatif (trop puissant l’Irn-Bru). Apposez à ça un bâtiment qui représente toute la « force » nationale et vous avez un concentré d’identité nationale! D’ailleurs, Irn-Bru se nommait anciennement « Iron Brew », décoction de fer in scottish. Et ça, ça poutre!

Tertio, l’écossais est drôle. Voire très drôle. Et so shocking, avec ça. Rappelez-vous que tout écossais qui se respecte ne porte rien sous son kilt. A l’instar de son cousin irlandais Ryan Air, Irn-Bru joue intelligemment avec les nerfs et les zygomatiques d’Ecosse et tient sur la longueur par rapport aux machines de guerre sodaïques américaines. Irn-Bru rend heureux les gothiques qui se morfondent dans leurs chambres d’ados. Lorsque l’équipe d’Ecosse ne se qualifie pas pour le Mondial de football en 2006, elle décide de l’emmener quand même. Si elle ne transforme pas les papys sympas en gros dégueus prêts à tout pour a sip de boisson orange. Et lorsqu’Irn-Bru lance sa boisson énergisante 32, c’est à un gros coucou à l’accent écossais des tréfonds de Glasgow qu’elle confie l’image. Voilà pour la partie sympatoche. Car Irn-Bru sait également taper là où ça fait mal. Elle rend les bonhommes de neige tueurs d’enfants quand ces derniers ne veulent pas partager leur canette. Ou transforme les mères de famille parfaites en shemale potentiel et les bébés en oisif consommateur de boisson gazeuse orange. Foudres des associations de parents, de transsexuels, de religieux, obviously. Résultat : les ventes claquent!

Hey c’mon buddy! Viens danser la gigue!

Mais concrètement, l’Irn-Bru, c’est quoi? Si ce n’est un breuvage orange mécanique? Trente-deux ingrédients divers et variés dans sa composition (d’où le 32 de la boisson énergisante) qui font de l’Irn-Bru un breuvage… Hétéroclite. Si tant est qu’on ose y goûter après la fracture nasale due à l’odeur poussive du décapsulage. Tour à tour, les arômes de chewing-gum, banane, pêche, citron, arlequin vous punchent la tronche et vous font moucher orange. Personnellement, j’adore. Peut-être parce que c’est écossais, à vrai dire. Toujours est-il que la canette se finit sans mal et qu’il est assez marrant de boire l’Ecosse en dix minutes, vitesse grand V.

Sur le plan commercial, Irn-Bru, c’est une réussite indéniable. Leader dans son pays et concurrent opiniâtre sur le marché britannique, la société A.G Barr a également placé ses billes dans les pays anglophones (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande), en Europe et au Moyen-Orient. Les frondeurs du soda s’offrent même le luxe de s’implanter chez le cousin/rival américain depuis 2002, faisant sentir au passage les épines de leur chardon ardent. On avait pas vu pareil succès planétaire de l’Ecosse depuis Ewan McGregor!

Il n’empêche que, malgré cette expansion phénoménale, A.G Barr et Irn-Bru ont gardé ce savoir-faire artisanal qui donne tant de charme aux boissons gazeuses old school. Le directeur de la société, Robin Barr, est le seul à connaître la recette de l’Irn-Bru. Une fois par mois, il effectue lui-même les mélanges pour la commercialisation. A 71 ans, il s’apprête à laisser la place à sa secrétaire de fille qui à son tour deviendra l’unique détentrice du succès de ce scot-da. Qui, espérons, nous laissera longtemps nous exclamer encore « je ne pensais pas prendre autant de plaisir avec seulement 11 centimètres! ».

Informations techniques : Veuillez observer quand même que j’me fous pas d’votre gueule. La canette d’Irn-Bru shooté est une des 5 millions éditées par A.G Barr pour fêter les 108 ans de la boisson orange, modèle datant de 1947. Je l’ai acquise par hasard dans un magasin de whisky de la petite ville de Pitlochry, Robertson’s. Sinon, si vous voulez vraiment goûter cette merveille, faites un petit tour à l’Epicerie Anglaise, 5 cité du Wauxhall PARIS 10 (métro République). 1,50€ la canette de 33cl, c’est une aubaine. Par contre, 5,95€ pour 2l, c’est un peu plus ardu…

D’autres publicités Irn-Bru :

Affiche 1

Affiche 2

Affiche 3

Vidéo 1

Vidéo 2

Matthieu Rostac

Crédit photo : Plein de liens obscurs, IGS.net et Aurore Colibert. D’ailleurs, je vous invite à profiter du site de la demoiselle, où de jolies photos se trouvent à l’intérieur, entre autres.

(*) Si ça n’est pas écossais, c’est de la meeerde!

(**) Durant longtemps, la boisson orange s’est longtemps vu affublé du surnom « d’autre boisson nationale écossaise ».

(***) Le XV du Chardon, équipe de rugby d’Ecosse, porte haut les couleurs marine et blanc du drapeau écossais lorsqu’elle joue à domicile. Mais à l’extérieur, elle se déplace en orange. Or, il n’y a jamais eu de orange dans l’histoire écossaise. La couleur si caractéristique du Irn-Bru serait-elle à l’origine de ce choix? Tatiiin…

Coca-Cola : un Père Noël rouge de honte?

Coca-Cola et le Noël Papa… « Oh non, pas encore cette histoire! On nous l’a raconté des dizaines (voire plus) de fois! ». Je vous entends d’ores et déjà arriver sur vos grands chevaux, vous, adeptes de la sacro-sainte nouveauté de la nébuleuse bloguesque. Eh bien si, il faut quand même passer par les fondamentaux historiques pour maîtriser le présent, même en matière de soda. Et puis vous verrez, vous allez apprendre plein de choses intéressantes dans cet article! Enfin, pour l’assistance la plus réticente, je lui rétorque que nous sommes en période de Noël et quoi de mieux que la fameuse légende urbaine qui lie le fameux cola rouge et le bonhomme qui a remplacé Jésus depuis belle lurette dans nos coeurs d’enfants accros au glucose. Et toc!

On va pas y aller avec le dos de la cuillère et on va révéler le pot aux rose : le Père Noël n’est pas une invention du diabolique soda rouge et ses lutins ne se trouvent pas à Atlanta. « Oh mon Dieu! On m’aurait menti! J’en étais pourtant sûr, ces salauds de libéraux de chez C***! ». Blablabla… Ben non, le Père Noël dans sa forme « moderne » existait bien avant, pour tout vous avouer. Depuis le XIXe siècle pour être plus exact. A l’époque où la populasse amerloque, toujours ancrée dans son passé d’immigrante, le confondait encore avec le patriarche Saint-Nicolas, le pasteur Clément Clark Moore décrivait les bases du désormais Papa traditio-Noël dans son conte « The Night Before Christmas ». Et en 1821, Sinterklaas (Saint-Nicolas en néerlandais) s’américanisait en Santa Claus et adoptait le total look : longue barbe, joues rouges et ventripotent. Le Père Noël sera gros donc sympa. Quant à sa couleur rouge, présumée oeuvre du Diable fait soda, les avis divergent. Certains affirmeront qu’il ne s’agit là que d’une reprise du costume de Saint-Nicolas, pour d’autres tout porte à croire qu’elle est l’oeuvre de l’illustrateur Thomas Nast (aucun lien avec un quelconque et mauvais groupe de musique, je crois). En 1863, ce dernier représente dans la revue Harper’s Illustrated weekly le bonhomme ventru vêtu d’une veste et d’un pantalon rouge, tenus par un large ceinturon. Toujours pas d’apparition de C***-C***, donc.

Mieux, le soda rouge ne sera pas le premier à user de l’icône païenne de la nativité sur son propre terrain, la publicité. La marque de cigarette américaine Murad utilisait dès 1919 l’image d’un Père Noël junkie du porte-cigarette façon Loulou de Pabst (moins sexy que Louise Brooks, quand même!), aux antipodes du sempiternel fumer tue. Pis, le texte de la réclame assurait que lorsque Santa Claus demandait aux enfants ce qu’ils souhaitaient pour Noël, ces derniers choisissaient tous un bon paquet de mougeasses qui fait tousser. Prends ça, Ministre de la Santé! Quelques années plus tard, le soda rouge se voit même supplanté par un autre soda puisqu’en 1923 la Ginger Ale White Rock Beverages croque un Papa Noël bedonnant et rougeaud qui se frotte la panse en même temps qu’il se délecte des lettres d’enfant, une bouteille de bourbon sur la table. Prends ça, Charles Bukowski!

Tu aimes les enfants? Un peu trop? Et tu ne peux plus cacher ce secret? Deviens Père Noël avec C***-C***!

Et là, vous vous dites, C*** sont des grosses baltringues qui n’ont fait que pomper un concept qui ne doit son succès qu’à un matraquage à grande échelle. Oui mais non. On est à l’hiver 1931, la Grande Dépression pointe le bout de son nez avec un peu d’épaules, histoire de mettre la tête bien dedans. Le Diable rouge est dans les choux. A l’époque où Santa Claus n’avait pas de Barbie à distribuer, les pontes d’Atlanta se frottaient les mains devant les fours en dealant avec les nazis en Reichie (mais chuuut!). Problème, ça consomme plus sous la bannière étiolée… pardon, étoilée. Notamment en cette période d’hiver. C’est à ce moment-là qu’intervient un nouvel illustrateur, Haddon Sundblom. S’inspirant du conte de Moore, ce dernier représente le Père Noël une bouteille de C***-C*** à la main, histoire de reprendre des forces avant de repartir pour sa tournée mondiale de trains en bois et d’oranges dans les socks. Derrière ça, et pendant une trentaine d’années, la soda rouge bombarde les espaces publicitaires de Papas Noël tous aussi sympas les uns que les autres parce qu’ils consomment grave (mais trop quoi!) de C***. Haddon Sundblom, quant à lui, finira dans les calendars de pin-ups. Awesome. L’assurance d’une vie bien remplie.

Mais une question me brûle les lèvres : pourquoi donc tout le monde s’est acharné sur le Diable fait soda? Loin de moi l’idée de le défendre mais bon, étrange réaction que celle-ci. Après une tentative d’explication scientifique avec un spécialiste des légendes urbaines avortée, j’ai décidé de me lancer. A mon humble avis, une telle histoire a été créée de toutes pièces afin de voir un géant du consumérisme démoli par la conscience populaire. C$$$-C$$$ génère trop de fric et ça gène dans l’éthique. Accusons-les donc de jouer avec une icône populaire et mondialement connue synonyme de rêve et de féerie, concept dégueulasse, vous en convenez. Enfin bon, quand il s’agit de pasticher Rita Hayworth en Gilda ou d’utiliser des pipoles chanteurs, personne moufte. Oui, mais on s’attaque à l’imaginaire, là! Faut faire quelque chose… Et Nathan Grills, alors, on l’emmerde pas? Selon lui, le Père est un mauvais exemple parce qu’il cherche pas à perdre son ventre et cultive son embonpoint en faisant du traîneau, l’bâtard. Responsable de l’obésité chez l’enfant, donc. Mouais. Mon conseil, continue à boire du soda p’tit Père Noël, ça vaudra mieux. Et surtout du Coca-Cola (oups, j’ai lâché le mot). Parce que bon, Santa Claus en bleu Pepsi, sincèrement, ça l’aurait pas fait…

Matthieu Rostac

Crédit photo : ZPR Services