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C.C. Lemon : un soda nippon ni mauvais

OK, le jeu de mot était trèèès facile. Mais il se trouve qu’il va comme un gant au fameux soda citronné-japonais tout de jaune vêtu. De très bon goût (le goût dans son sens gustatif, bien sûr, mais j’y reviendrai), le C.C. Lemon est peut-être la seule boisson gazeuse « potable » pour un quelconque européen en villégiature au pays du Soleil Levant. Voire pour les autochtones (dans quelques semaines viendront les sodas melon-nippons… Faudra être bien accroché). Cet arôme de citron dégustable, donc, expliquerait la mainmise établie par la société Suntory, détentrice de C.C. Lemon, dans les linéaires soda? En minorité, peut-être. Mais la compagnie fondée en 1899 à Osaka possède d’autres atouts dans son jeu. Sinon comment expliquer que la société elle-même possède le marché des boissons alcoolisées (fusion imminente avec le géant de la bière Kirin), une salle de spectacle à son nom et sa propre équipe de rugby, championne en 2008 et dans laquelle joue George Gregan? Passons… Si le C.C. Lemon occupe la troisième place du marché japonais des boissons gazeuses, juste derrière les deux trusts C***-C*** et Pepsi – ce dernier étant distribué sur le territoire par la Suntory, tout comme Orangina, c’est également grâce à un partenariat marketing sans précédent. Eh oui, le Soleil se lève à l’Est, mes amis, et l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Et en matière d’innovation, on ne vante plus les mérites du savoir-faire japonais.

En 1994, Suntory possède la quasi-totalité du marché de l’alcool japonais. Autant dire que ça doit s’ennuyer ferme dans les locaux de la maison-mère. C’est alors que la matière grise de la compagnie dessine un nouveau challenge : conquérir l’univers… Des boissons gazeuses. Ce sera le citron et, of course, sa couleur or qui porteront haut l’étendard de Suntory dans les rayons soda. Qui d’autre est plus jaune que le C.C Lemon et écrase tout sur son passage au beau milieu des 90’s? Les Simpsons. Une visibilité à grand échelle et immédiate à la clé, Suntory signe un accord avec les ayant droits des personnages fétiches de Matt Groening. Pendant près de dix ans, les Simpsons refléteront l’image d’un soda au citron cool et familial, quoiqu’un peu barré. Et surtout, n’oubliez pas votre tripotée de produits dérivés comme on sait si bien les faire du côté de Tokyo. Une méthode éculée de la part du géant japonais de la boisson, qui a toujours porté ses fruits. Conscient du capital sympathie que possède les Occidentaux auprès des japonais, Suntory utilise des figures populaires et médiatiques pour vanter les mérites de ses breuvages dès la fin des années 70. A l’époque, le duo populaire The Carpenters partagent l’encart en deux avec le grand Sammy Davis Jr. Et si le film Lost In Translation vous semble étonnamment réaliste, c’est parce que la réalisatrice Sofia Coppola s’est inspiré de son père pour l’intrigue de sa péloche. Venu produire le Kagemusha de l’immense Akira Kurosawa, le barbu du Parrain s’est retrouvé « coincé » lui aussi dans les tubes cathodiques nippons.

C.C. Lemon? Si si la famille!

Un syndrome en phase de se reproduire. Pour faire souffler la famille la plus populaire de Springfield, Suntory a créé le personnage de Mister C.C. Lemon ces dernières années : interprété par l’obscur acteur américain mais japano-populaire Guy Totaro, Mister C.C. Lemon surgit tel un génie hors de sa lampe et aide gentiment les buveurs de C.C. Lemon (prononcé « Chi-chi Lemong », l’accent anglo-japonais faisant le reste). Mieux, coiffé d’une bouclette au pento frontale à faire pâlir Superman et n’importe quel corse en goguette, Mister C.C. Lemon fait le bellâtre dans son habit intégral jaune poussin. Et s’il vous plaît, toujours accompagné d’une ritournelle gnangnan, qui habille les spots de C.C. Lemon depuis sa création. « Takyu! ». Trêve de palabres et rentrons dans le vif du sujet, amis esthètes et sodactivistes! Ah bah… A vrai dire, ça va être vite fait… Un goût de citron très prononcé, c’est logique, sans toutefois l’agressivité du sucre qu’on retrouve parfois dans le Fanta ou le Mirinda citron. Acide juste ce qu’il faut, cette boisson gazeuse ne provoque pas d’ulcère comme un Pulco pur. Cerise sur le gâteau, une sensation de fraîcheur vivifiante qu’on ressent rarement avec les autres boissons gazeuses. L’équivalent en vitamine C de 70 citrons dans une bouteille de 50cl d’après l’étiquette, c’est dire (même si certains détracteurs assurent qu’il s’agit d’une publicité mensongère)!

Après cette chronique, il n’empêche que je ne sais toujours pas pourquoi le nom du soda commence par C.C. Je suis sûrement le seul à me poser cette question en France, tant le soda ne jouit pas d’une incommensurable aura en Occident (difficile à trouver). Mais bon, tout le monde sait qu’hormis l’industrie, le comportement insulaire nippon penche plus du côté de l’import que de l’export… Bref, C.C. ne veut sûrement pas dire « centimètre cube ». Peut-être le C.C. Lemon s’inspire t-il des deux initiales du Diable fait soda. Ou encore, sa teneur supposée en vitamine C étant ce qu’elle est, cette boisson gazeuse peut se targuer de non pas un mais deux C… J’attends vos idées, aidez-moi!!! Nous touchons à la fin de notre article et, l’ayant entamé de la plus belle manière avec un calembour niveau Carambar (un carembour?), je m’en vais le terminer itou : que font deux chiens qui se croisent à Tokyo? Ils se jappent au nez. Ne me tapez pas, j’ai des lunettes!

Informations pratiques : Etant donné qu’il est très difficile de le trouver, le C.C. Lemon n’est pas donné. 2,90€ les 50cl chez Kioko, 46 rue des Petits-Champs PARIS 2 (Métro Pyramides). Mais j’en suis sûr, les plus japanisants d’entre nous sont prêts à tous les sacrifices pour ressembler à une écolière à jupe plissée. Trop kawaii^^.

Matthieu Rostac

Crédit photo : Aurore Colibert

PS : Vous avez vu? Pas une seule allusion raciste alors que le soda est asiatique et de couleur jaune. Ah ben si, maintenant c’est fait. Merde…

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