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Paso de los Toros : que reste-t-il de nos amours ?

Aurore Colibert ©

« Au beau milieu de l’Uruguay, là où passe le Rio Negro, vivaient des éclaireurs qui aidaient charrettes et troupeaux à traverser cette rivière extrêmement dangereuse lorsque le courant était fort. Pour leur force et leur bravoure, ces éclaireurs se faisaient appeler les hommes-taureaux » (*). C’est sur cette phrase énigmatique, empreinte d’un paganisme si cher aux sud-américains, que Paso de los Toros aurait été fondée… A l’origine ville de « peones », mère de l’auteur uruguayen Mario Benedetti, Paso de los Toros verra son destin bouleversée par la rencontre improbable d’un industriel anglais d’un étudiant en chimie de Montevideo. En 1926, George Jones et Romulo Mangini travaillent tous deux pour une usine de savon de la ville. Ils décident de diversifier cette activité en « recopiant » au mieux la recette d’un tonic anglais, le Bull Dog, seule boisson possédant ses droits d’entrée en « Suisse d’Amérique Latine » pour y lancer le premier soda made in Uruguay. Le Paso de los Toros était né. Le « capital » (si tant est qu’il y en ait un) de Paso de los Toros est ouvert aux villageois, à hauteur de dis pesos l’action. Une sorte de modèle d’économie participative à l’échelle locale, de droit du sol profitable aux descendants des laborieux hommes-taureaux. Pour la version longue, c’est ici. En espérant que vous aimez l’espagnol…

A l’orée des années 50, le succès est tel que la société voit ses actionnaires pulluler de même que ses usines sur le sol uruguayen, obligeant Mangini à s’implanter jusqu’à Montevideo. Ce qui, bien sûr, attise l’intérêt des conglomérats US, à la recherche de nouveaux marchés dans les pays émergents. Une fois n’est pas coutume, le géant Pepsi Co. remportera la mise au nez et à la barbe de son grand rival le Diable Rouge. La quantité de quinine contenues dans la boisson gazeuse devenant trop dangereuse pour les consommateurs, la société se lance dans des sodas aux fruits, notamment à l’orange, au citron et au pamplemousse. A la même période, le créateur Romulo Mangini meurt et Pepsi devient actionnaire majoritaire de la société Tonic Water Company Paso de los Toros. Ainsi commence le deuxième acte de l’histoire de Paso de los Toros, rentré dans le rang du capitalisme comme tout bon soda qui se respecte, après une escapade dans l’utopie mercantile. Paso de los Toros finit par traverser le fleuve Uruguay et s’implanter chez le frère ennemi argentin. La Celeste, l’équipe nationale de football de l’Uruguay ne retrouvera jamais son niveau d’antan. C’est un certaine idée du romantisme sud-américain qui s’évente.

Fernando Cavenaghi, joueur des Girondins de Bordeaux surnommé "El Torito" est... Argentin. Chienne de vie.

Au sens propre comme au figuré puisque désormais, la société Tonic Water Company Paso de los Toros met un point d’orgue à faire une croix sur le fleur bleue et le cucul. Un Paso de los Toros sabor pomelo à la main, de préférence. Pour sa dernière grande campagne publicitaire, réalisée par l’agence BBDO Argentine, les buveurs de ce soda au pamplemousse prennent un malin plaisir à briser les délires gnan-gnan de couples sirupeux et détestables. Raison invoquée ? « La douceur n’étanche pas la soif », d’après le slogan. Bien ouej, pour une boisson dite « amère ». De surcroît, pour créer le buzz, la société BBDO invente le site Mandaleunmensajeatuex.com (littéralement Envoieunmessageàtonex.com) où des amants éplorés peuvent déverser leur trop-plein de fiel sur leurs anciens partenaires sentimentaux, aux yeux et à la vue de tous. Pis, un an plus tard, l’agence de pub a publié un « recueil » des meilleurs messages – 6000 reçus, au total – distribué dans toutes les bonnes librairies. Et pour ceux ou celles qui auraient manqué un épisode, BBDO a disposé à divers endroits stratégiques des grandes villes argentines de magnifiques poupées vaudou piquées, sur lesquelles étaient laissées à disposition le livre d’or de l’aigreur, sobrement intitulé « la vengeance immortelle ». Début de la campagne : début février 2009, une semaine avant la Saint-Valentin. Ça, c’est du marketing !

Mais objectivement, que reste-t-il de ce valeureux soda, héritage des hommes-taureaux de la lande uruguayenne ? Je n’irai pas jusqu’à vous survendre le produit en vous déclamant que cette boisson gazeuse possède toute la force de caractère de ses aïeux et blablabla, on n’est pas dans une publicité pour le whisky… Une chose est sûre, c’est sans nul doute le meilleur soda au pamplemousse qui existe. Certes, il n’y a pas pléthore sur le marché mais à un Schweppes agrumes, je préfère encore le Paso de los Toros saveur pomelo. Pas outrancier pour un sou, le soda est très fin, acidulé ce qu’il faut tout en gardant la subtile amertume du pamplemousse. Le breuvage pétille juste, ne s’aplatit pas vite, laisse un agréable retour en bouche et, comble de l’esthète, se boit OBLIGATOIREMENT dans un verre. C’est mentionné sur le côté de la canette. Sinon, turista. Qui plus est, le packaging est plutôt sexy : old school mais pas trop, on boit ce que l’on voit. Et inversement. Dernière anecdote pour les petits rigolos adeptes de facéties estampillées Jamy & Fred ou Nature & Découvertes : les agents de quinine contenus dans la boisson font que le Paso de los Toros brille dans la nuit. Comme le Luminou, oui.

Informations techniques : je ne peux vous dire si l’on trouve en France du Paso de los Toros, la canette que l’on m’a rapporté vient d’Argentine… Sorry guys !

Matthieu Rostac

Crédits photo : Aurore Colibert et Sport 24

(*) Propos issus de l’ouvrage Historia de Paso de los Toros de Pedro Armua

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Jimmy’s Food Factory : quand un fermier réinvente le C***-C***

Souvent, à la ferme, je Suffolk! Heureusement que Fluffy est là...

Jimmy Doherty. Aucun lien de parenté avec Pete. Bien au contraire. Ami d’enfance de Jamie Oliver (le Cyril Lignac anglais, avec cinq ans d’avance sur le vrai Cyril Lignac) et fermier de son état, nul doute que le bonhomme devait s’ennuyer ferme dans son étable du Suffolk avec pour seul compagnie sa femme et ses cochons. D’autant que ce dernier n’est pas un agriculteur à la tête en bois puisque docteur en entomologie… C’est sûrement pour cela que Jimmy s’est convaincu d’envahir le paysage audiovisuel britannique en multipliant les émissions de télévision sur le réseau BBC. Pas moins de huit émissions entre 2004 et 2008 avec notre fermier de Jimmy comme présentateur/héros, parmi lesquelles la désormais célèbre Jimmy’s Farm qui explore le quotidien de sa ferme, esthétique Real Tv à l’appui pour renforcer la dramaturgie.

Mais ici, c’est sa dernière émission en date qui nous intéresse : Jimmy’s Food Factory, dans laquelle Jimmy Doherty déconstruit les secrets (voire les tabous) de l’industrie agro-alimentaire en transformant son étable en labo de chimie hybride à l’épreuve des balles. Pour synthétiser, JFF c’est le Salon de l’Agriculture sans Chirac et les mains au cul, mais avec une touche de hype écolo et de « on nous cache tout, on nous dit rien! ». Entre Mythbusters et Jamy Gourmaud pour l’esprit pédago-geek et fun. Dit comme ça, ça a l’air plutôt chiant. Mais Jimmy est un vrai fou furieux. Lors de mon dernier séjour en Ecosse en novembre 2009, à défaut d’observer la France battre l’Irlande en mode dirty, j’ai découvert que le mec avait recréé une fraise naturelle à partir d’un fraise lyophilisée issue d’un paquet de Jordan’s Country Crisp


La semaine suivante, Jimmy faisait pire (ou mieux, au choix) encore. Il reconstituait le Diable fait soda à l’aide des composants inscrits sur le côté de l’étiquette et d’un peu d’ingéniosité. Pour le résultat, je vous laisse la surprise juste au-dessus avec l’épisode entier, malgré la VO non sous-titrée. Bon, je l’avoue, je n’ai point la primauté médiatique de l’émission Jimmy’s Food Factory, l’étrangleur du XVe William Leymergie et ses boy-scouts en ayant fait l’apologie dans leur Télématin du 8 janvier 2010. Mais leur lecteur est pourri et personne mate la 2 à 6h du mat’, mouhahahahaha… Pour ceux qui veulent en savoir plus sur le fameux fermier Jimmy sans passer par la case Wiki, le bonhomme est sacrement simpla (simple et sympa) au micro du Telegraph. Sinon, ça brancherait quelqu’un de faire du C*** maison?

Matthieu Rostac

Crédit photo : Daily Mail