Archives mensuelles : janvier 2010

La coca, le cola et le cul de la crémière pour le président bolivien Evo Morales

Incroyable : on vient de retrouver l'unique survivant des Carapicho!

Dire d’Evo Morales, le président bolivien, qu’il n’aime pas les Etats-Unis est un doux euphémisme. Après sa réélection en décembre 2009, l’amérindien jette encore un pavé dans la mare sud-américaine déjà bien agitée des Etats-Unis. En effet, le président bolivien étudie la possibilité de créer une boisson gazeuse nationale, un cola pour être plus exact. Et l’ingrédient de base en serait la coca. Coca utilisée officiellement pour lutter contre le mal d’altitude ou la faim par les habitants de l’altiplano, les Collas. D’où le nom bien choisi du produit : le coca colla. Avec, en prime, une couleur brunâtre et une étiquette rouge. C’est ce qu’on appelle marcher sur les plates-bandes… Et comme si cela ne suffisait pas, le vice-ministre du développement Victor Hugo (aucun lien, fils unique) Vasquez claironne que la production pourrait être lancée dans seulement quatre petits mois. A voir le degré d’inimitié des boliviens envers les américains et la popularité de Morales « l’altermondialiste », nul doute que le soda casserait le Barack s’il venait à être commercialisé! Et si jamais le projet du coca colla ne fonctionne pas, le gouvernement bolivien peut toujours utiliser la coca à d’autres fins agro-alimentaires : farine, gâteaux, infusions ou encore liqueur.

La coca n'a pas que du goût, elle sert aussi à "avoir du goût"

Morales, donc, n’est pas prêt de lâcher le morceau. La coca, c’est tout le symbole de la politique moralesienne. Ancien cultivateur de cette « herbe sacrée » millénaire, Evo le socialo en a fait son cheval de bataille politique. La coca s’est vue élevée au rang de « patrimoine culturel » et de « facteur de cohésion sociale » dans la nouvelle Constitution bolivienne de 2009, comme le relate l’AFP via France 24. Un nouveau pas franchi vers l’indianisation « back to the roots » affichée par Morales, qui avait mastiqué une feuille de coca devant la Tribune des Nations Unies en mars 2009 pour militer en sa faveur. En 2010, le gouvernement espère faire passer l’étendue des cultures de 12 à 20 000 hectares. Seul hic : la coca est un produit déclaré « illégal » par l’ONU depuis 1961. De plus, la communauté internationale porte de lourds soupçons sur l’usage de cette coca. Selon le Figaro, 30 à 40% de ses récoltes seraient détournées pour produire de la cocaïne. Déjà, en 2008, la couronne du troisième producteur de cocaïne mondial ornait la tête de la République bolivienne et l’agence antidrogue américaine avait été priée de rejoindre les frontières du pays. Une chose est sûre : en Bolivie, la coca dérange. Bientôt, peut-être, les autorités américaines diront également que le cola gêne.

Matthieu Rostac

Crédit photo : Souklaye.wordpress.com et MSNBC

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Personne ne fait le poids contre le Sumol ananas

Connaissez-vous la devise populisto-populaire de l’Estado Novo mis en place par le dictateur portugais Salazar? Fatima, foda e futebol. En français : de la religion, des pleurs et des idoles… Mais cette punchline de facho aurait pu être « fatima, fado e Sumol » tant le soda portugais fait office de fierté nationale à l’autre bout de la péninsule ibérique. Malheureusement pour moi – et heureusement pour les portugais – l’apogée du Sumol coïncide plutôt avec la Révolution des Oeillets et toute la liberté qui va avec. Créé en pleine période salazarienne durant l’hiver 1954 par l’industriel éclairé Antonio Joao Eusébio, le Sumol (d’abord au goût d’orange) connaître véritablement son essor à la fin des années 60, grâce à l’avènement de la publicité et du marketing. Sumol sera la première société à s’émarger de la réclame habituelle pour placarder dans les rues de Lisbonne des affiches estampillées « Beba Sumol ! ». La télévision fera le reste avec la publicité « Un chat est un chat. Un chien est un chien. Sumol est différent de tout cela ». A bon entendeur : cette boisson gazeuse est d’un goût que vous n’avez jamais connu. Depuis, « le Sumol fait partie de la vie de chaque portugais », comme l’affirme le site officiel de la boisson gazeuse lusitanienne. D’ailleurs, le nom Sumol vient de sumo, terme portugais qui signifie en français « jus » et de façon plus figurative, « essence ». Le jus des portugais mais l’essence du Portugal….

Par la suite, les agences publicitaires portugaises ne brilleront pas par leur créativité, à défaut de leur efficacité avec des campagnes à grande échelle. Au contraire, Sumol aura l’intelligence d’élargir sa gamme et de proposer différentes saveurs de Sumol en même temps qu’elle acquerra les licences Pepsi et Seven Up. Les arômes fruit de la passion, mangue et fraise feront leur apparition dans les linéaires de sodas portugais, tout acquis à la cause de Sumol. A tel point qu’à l’orée des années 2000 arrive l’idée du siècle des pubards portos avec les « sumolicos », des jeunes hommes et femmes accros au Sumol qui font découvrir le soda à leurs incultes d’amis. Une belle façon de renforcer un communautarisme nécessaire pour toucher la jeune cible. Une communauté qui n’est pas près de disparaître : la fan page Facebook française du Sumol tient dans ses rangs plus de 26 000 personnes. Mais passons. Cette hégémonie, la société lusitanienne le doit également à sa « saveur fétiche » : l’ananas… Avant Sumol, aucun soda ne portait le label « fruits exotiques ». Encore aujourd’hui, aucune boisson gazeuse ananas ne pousse dans la jungle des GMS. Si ce n’est le Sumol. Dans une trentaine de pays du monde entier. « Mais comment des maçons ont-ils pu être aussi fins? » me dis-je. J’adore être raciste… Plus sérieusement, il faut croire qu’envoyer les conquistadores en Amérique du Sud ou coloniser l’Angola, ça donne de la suite dans les idées…

Cristiano Ronaldo : "Yé soui oune porc tout gay é yen soui fierrr!"

Vous me direz donc : si aucun « sodananas » hormis le Sumol est trouvable en France, c’est que ça doit être bon? Eh bien oui! Et Non. Certes, la saveur « pineapple » donne un goût exotique intéressant, sans mauvais jeu de mot, mais le soda en lui-même reste très rapidement écoeurant. La faute à un sucre un peu trop grossier. Caralho, açucar! Pourtant, la marque Sumol jure que ses sodas sont peu chargés en glucose. Qu’est-ce que ça aurait été sinon..? Quoique, à bien y réfléchir. Dans mon souvenir, ma première bouteille de Sumol descendue, mes papilles d’esthète sodaïque avaient alors apprécié. Contrairement à cette second consommée il y a peu. Le manque de sucre aurait-il ôté son charme à la belle boisson de Algès? Le Sumol est comme une femme sexy et plantureuse à qui l’on aurait enlevé ses poignées d’amour… Pas grave, il nous reste toujours le fado pour pleurer.

Informations techniques : De la chance mes amis, de la chance! Le Sumol est assez répandu dans les GMS et son prix ne dépasse jamais les 1,50€ pour 1,5l. Le même tarif qu’un soda « habituel ». Donc honnêtement, essayez. Mon sens n’est malheureusement pas parfait. La preuve : je n’aime pas la morue… Je ne pourrais jamais être portugais. D’autant que niveau pilosité, c’est pas Byzance. Et BLIIIm, un cliché! D’ailleurs, en parlant de cliché, vous saviez que tous les portugais s’appellent Joao?

Matthieu Rostac

Crédit photo : Aurore Colibert et For Ladies by Ladies

Monsieur Poulpe et ses fesses rousses/au gingembre

Oh mon Dieu!!! Monsieur Poulpe est mort pour son art : il s'est auto-cuisiné...

Monsieur Poulpe est drôle. Très drôle, même. C’est sûrement pour cela qu’il a intégré l’équipe d’écriture des épisodes de Caméra Café 2, la séquelle de l’inénarrable programme comico-court à la française. Et c’est même pour lui rendre hommage que cet article est publié aujourd’hui, jour de lancement de la nouvelle série. Tout ça dans le but de me faire mousser (qu’il est malin!)… Bref, mais Monsieur Poulpe, c’est qui? Enfin, c’était qui? Originaire de Buchy, village normand où seul un chômeur lensois oserait élire domicile, ce grand et mou dadet  intègre l’équipe de la chaîne No Life dès sa création, en 2007. Grâce à la série Nerdz dont il est l’auteur (en compagnie de Davy Mourier et Didier Richard et) et l’acteur principal, No Life devient une vraie chaîne de télévision à défaut d’être un réceptacle à clips emo/hardcore/à mèche et de perfects/combos de Tekken…

En 2008, No Life demande à Poulpy de plancher sur diverses idées d’émissions « à contenu ». Mange mon Geek était né…  Un ovni télévisuel où Monsieur Poulpe s’improvise cuisinier (avec réussite, attention) pour donner à manger à ceux de sa race, ceux qui ne lâchent jamais une manette si ce n’est pour un sandwich Kiri-jambon Lidl qui ne nourrit pas son homme… Des gros mots, plein de gros mots, des musiques débiles, du caca, des cascades, un tablier qui me rend fou, des blagues de geek (ou pas) et de la quasi-gastronomie en l’espace de trois saisons jusqu’en novembre 2008. Depuis, les plates-formes de vidéo sur le net ont repris le flambeau.

Plus que la recette de la tartine de Kibrie et son r’n’Brie chaloupé ou du Vomi de Noël avec Papa Tourette Noël, c’est l’épisode 4 de la saison 3 qui nous intéresse : celui du Ginger Fesse (juste au-dessus, là, clique!). Ou comment Monsieur Poulpe, dans son infini grandeur, fabrique un Canada Dry de fortune. Je n’ai pas tenté de le reproduire chez moi, pourtant la recette est simple, quel pleutre, mais aucun doute que le résultat doit être plutôt bon. Comme ses blagues sur les p’tites filles, gnéééé… Si vous accrochez vraiment à ses recettes et autres sketches, rendez-vous don sur sa page Dailymotion ou son blog Monsieurpoulpe.over-blog.com. En plus, il y fait participer Milka Manson (attation, NSFW buddies), ce qui est quand ‘achement über-cool chanmé… Ban allez, j’vous laisse, je vais me « désaltérer la race »!

Matthieu Rostac

Crédit photo : La recette du dredi

PS : J’avais une super blague alliant subtilement un peu du geek et beaucoup de l’esthète du soda que je suis, mais impossible de la placer. Donc : Soda, c’est plus fort que toi! Gaaah…

Jimmy’s Food Factory : quand un fermier réinvente le C***-C***

Souvent, à la ferme, je Suffolk! Heureusement que Fluffy est là...

Jimmy Doherty. Aucun lien de parenté avec Pete. Bien au contraire. Ami d’enfance de Jamie Oliver (le Cyril Lignac anglais, avec cinq ans d’avance sur le vrai Cyril Lignac) et fermier de son état, nul doute que le bonhomme devait s’ennuyer ferme dans son étable du Suffolk avec pour seul compagnie sa femme et ses cochons. D’autant que ce dernier n’est pas un agriculteur à la tête en bois puisque docteur en entomologie… C’est sûrement pour cela que Jimmy s’est convaincu d’envahir le paysage audiovisuel britannique en multipliant les émissions de télévision sur le réseau BBC. Pas moins de huit émissions entre 2004 et 2008 avec notre fermier de Jimmy comme présentateur/héros, parmi lesquelles la désormais célèbre Jimmy’s Farm qui explore le quotidien de sa ferme, esthétique Real Tv à l’appui pour renforcer la dramaturgie.

Mais ici, c’est sa dernière émission en date qui nous intéresse : Jimmy’s Food Factory, dans laquelle Jimmy Doherty déconstruit les secrets (voire les tabous) de l’industrie agro-alimentaire en transformant son étable en labo de chimie hybride à l’épreuve des balles. Pour synthétiser, JFF c’est le Salon de l’Agriculture sans Chirac et les mains au cul, mais avec une touche de hype écolo et de « on nous cache tout, on nous dit rien! ». Entre Mythbusters et Jamy Gourmaud pour l’esprit pédago-geek et fun. Dit comme ça, ça a l’air plutôt chiant. Mais Jimmy est un vrai fou furieux. Lors de mon dernier séjour en Ecosse en novembre 2009, à défaut d’observer la France battre l’Irlande en mode dirty, j’ai découvert que le mec avait recréé une fraise naturelle à partir d’un fraise lyophilisée issue d’un paquet de Jordan’s Country Crisp


La semaine suivante, Jimmy faisait pire (ou mieux, au choix) encore. Il reconstituait le Diable fait soda à l’aide des composants inscrits sur le côté de l’étiquette et d’un peu d’ingéniosité. Pour le résultat, je vous laisse la surprise juste au-dessus avec l’épisode entier, malgré la VO non sous-titrée. Bon, je l’avoue, je n’ai point la primauté médiatique de l’émission Jimmy’s Food Factory, l’étrangleur du XVe William Leymergie et ses boy-scouts en ayant fait l’apologie dans leur Télématin du 8 janvier 2010. Mais leur lecteur est pourri et personne mate la 2 à 6h du mat’, mouhahahahaha… Pour ceux qui veulent en savoir plus sur le fameux fermier Jimmy sans passer par la case Wiki, le bonhomme est sacrement simpla (simple et sympa) au micro du Telegraph. Sinon, ça brancherait quelqu’un de faire du C*** maison?

Matthieu Rostac

Crédit photo : Daily Mail

La Tunisie a le béguin pour le Boga

Alors que les Aigles de Carthage, l’équipe nationale de football, s’apprêtent à jouer leur premier match de la CAN (Coupe d’Afrique des nations) à 19h30, il est de bon ton de causer de la Tunisie aujourd’hui. Et moi, quand je cause, c’est soda – et pas religion ou pédophilie comme certains le présument, bien que j’adore les prêtres et les enfants, de préférence ensemble dans la même pièce. Donc, qui dit soda et Tunisie dit Boga. Une fierté nationale en quelque sorte, à l’instar de son voisin algérien le Selecto. Pourtant, même si les deux boissons gazeuses sont similaires en plusieurs points, il vaut mieux ne pas établir de comparaison : d’après mon amie Anita Pepita, journaliste/chroniqueuse/pousse-disques bordelaise et tunisienne de surcroît, « le Selecto a toujours fait de l’ombre au Boga, bâtard de Selecto ». C’est vous dire si la rancoeur est tenace. Bref, no more Selecto, que du Boga… Mais lequel?

Non contente de truster la quasi-totalité du marché tunisien de la bière (un partenariat avorté avec Heineken a empêché son expansion), la Société Frigorifique et Brasserie de Tunis peut également se targuer de squatter les linéaires boissons gazeuses et les restos/bars du pays, « du café pouilleux au plus prestigieux des salon de thé », grâce à la distribution de C***-C*** sur tout le territoire mais surtout grâce aux quatre Boga’s dans le vent depuis près de quarante ans : Boga Bidha, qui rappelle le Sprite ou le 7 Up; Boga Light, sa version light; Boga Menthe, sa version menthe et Boga Cidre, sa version cidre… Ah bah non, ça a pas goût de cidre, ça a goût de Selecto! Oups, mes excuses au peuple tunisien. Plus sérieusement, je reviendrais sur sa saveur un peu plus tard dans l’article. Un succès tel qu’il dépasse les simples frontières planétaires puisque même le vil Jabba the Huth, dans La Guerre des Etoiles, en parle à Han Solo à 27 ».

Avec une pizza, rien de mieux qu'un bon Cowa-Boga!

Trève de plaisanteries, la boisson Boga est extrêmement populaire au pays de Ben Ali, vous l’aurez compris. Non pas (seulement) parce qu’elle étouffe le marché mais aussi parce qu’elle use de la publicité avec brio. La dernière en date? Une campagne publicitaire ayant pour axe central la star montante du cinéma tunisien Dhafer el Abidine (aperçu dans le film Sex & the City). Resituons le contexte grâce à Afrique Magazine : « Il est beau, talentueux, intelligent, éloquent, diplômé, il a tout pour lui et il est l’acteur dont tout le monde parle en Tunisie ». Tout comme le Boga, en somme. Et finalement qui de mieux qu’un beau gars pour représenter le Boga? Soit, mais là où O’Gilvy Label et Mindshare Tunisie (agences publicitaires en charge du budget) ont su la jouer fine – ou lourde, c’est au choix – c’est avec leur campagne 360°, comme l’explique si bien le site Blog2Com.com.

Affichage sauvage, fausses petites annonces dans les canards du coin, et buzz autour du spot publicitaire (où une vieille dame interrompt le tournage parce qu’elle ne comprend pas la différence entre réalité et fiction… Ou qu’elle est payée par la prod?) ont assis la pré-campagne avant le placardage massif sur tous les abris-bus tunisiens d’affiches parodiant le What Else? de George Clooney. Cerise sur le loukoum : l’arrivée d’un jeu Facebook « aide Dhafer à récupérer sa canette » afin d’appuyer la connivence entre la marque et ses consommateurs. A tel point que le site BogaCidre.com renvoie désormais sur la page Facebook de l’application… Bon, qu’on se le dise, le jeu est nul car absolument incompréhensible. Si vous voulez essayer, allez-y! Et si vous parvenez à le finir, faites-moi passer pour une buse! Si on passait aux choses sérieuses, celles qui n’intéressent que les esthètes du soda, la partie « test » du Boga? Mais du Boga Cidre, s’il vous plaît.

Concrètement, le Boga (qui tient son nom de BOisson GAzeuse) est au soda ce que le lièvre est à l’athlétisme : un allumeur. Dès les premières effluves, on sent cet arôme si cher aux boissons du Maghreb, subtil mélange d’odeur médicinale et de fruit outrancier. Première gorgée : pas déçu… Ah ben si, en fait. En l’espace de cinq secondes, toutes les saveurs disparaissent en même temps que les bulles. Finalement, le Boga n’est pas un lièvre, c’est un éjaculateur précoce. Gustativement, Wikipedia rapporte qu’on y retrouve « la banane, la racinette et le Kampane ». J’y ressens plus une saveur de pomme… Hey comme dans le cidre! Ou le Selecto! Eh merde, j’avais dit que je le ferais plus…

Informations techniques : Comme d’hab’ pour mes sodas du Maghreb, le 14 Marché, 14 rue Marx Dormoy (Métro Marx Dormoy ou La Chapelle). Même si le Boga est trouvable dans toutes les bonnes épiceries du XVIIIe qui se respectent. 1,60€ le litre et demi, c’est donné… 1,60€ pour un cinq secondes de plaisir, ça fait cher… A vous de voir!

Matthieu Rostac

Crédit photo : Aurore Colibert, Akramus et Replikultes.net

Comme pisser dans un violon?

Le marché des sodas en Inde, c’est un peu comme l’échiquier politique américain : un despotisme bicéphale orchestré par les deux grands du soda américain C***-C*** et Pepsi, qui ne laisse que peu de place à une quelconque boisson gazeuse alternative. Et autant dire qu’en affaires, ces derniers sont de sacrés pisse-froids (Ok, elle était facile).

Voilà sûrement pourquoi une association hindoue, le Corps national de volontaires (Rashtriya Swayamsevak Sangh en VO sanskrit), a décidé de lancer son propre soda à… L’urine de vache! Gross, dude. Quoique, peut-être pas tant que ça… Om Prakash, leader du CNV assure que la boisson, nommée « gau jal » (eau de vache, sounds like a parfum, beurk!), est excellente. « Cela ne sentira pas du tout l’urine et n’en aura pas le goût non plus » déclarait-il au Times en février dernier. Il sait donc quel goût a l’urine? Juste pour établir la comparaison. Méthode purement scientifique. CQFD. Et un breuvage absolument sain avec ça puisque la boisson « n’est pas comme tous les autres sodas et se retrouve complètement dénuée de toxines » dixit Prakash.

Dans tous les cas, ce n’est pas la première fois qu’on essaiera de nous faire boire de l’urine dans un conditionnement ferrique. Rappellez-vous la fameuse légende urbaine des méchants rats qui font pipi sur des gentilles canettes du Diable fait soda pour mieux les contaminer. Maisi ici, pas de risque sanitaire. Bref. Au-delà de l’aspect commercial, le CNV semble user du « gau jal » à des fins plus politiques. En effet, cette association qui compte près de huit millions d’adeptes à travers le pays prêche un retour un nationalisme des plus ardus, proclamant notamment le rejet d’un quelconque influence étrangère dans son commerce ou sa culture. En 1948, un ancien du CNV, Nathuram Godse, assassine le Père de la Nation, Gandhi. Et depuis 2008, le CNV multiplie les actes de haine envers les chrétiens présents en Inde. Autant dire qu’ils ne sont pas là pour rigoler…

Une fois n’est pas coutume, avec ce soda, l’association prend l’hindou lambda par les sentiments. Comme chacun sait, la vache est un animal hautement sacré en Inde. Ses déjections et son urine sont parfois utilisées comme « purificatrices » lors de cérémonies. D’autant que l’urine de vache possède des vertus curatives : 70 à 80 maladies, d’après Le Point. Une aubaine, donc, pour chaque hindou et par la même occasion, pour le CNV. Seraient-ils meilleurs publicitaires qu’activistes?Reste à savoir si le peuple indien sera prêt à suivre une organisation aux méthodes coup-de-poing parfois douteuses. Et, le cas échéant, le soda rouge et Pepsi se partageant la quasi-totalité du marché des boissons gazeuses(98%), « la route sera droite mais la pente raide » pour parapher un ancien Premier Ministre français à tête de tortue. Alors « Gau jal, gau! »

Matthieu Rostac

Crédit photo : What the Foodge

C.C. Lemon : un soda nippon ni mauvais

OK, le jeu de mot était trèèès facile. Mais il se trouve qu’il va comme un gant au fameux soda citronné-japonais tout de jaune vêtu. De très bon goût (le goût dans son sens gustatif, bien sûr, mais j’y reviendrai), le C.C. Lemon est peut-être la seule boisson gazeuse « potable » pour un quelconque européen en villégiature au pays du Soleil Levant. Voire pour les autochtones (dans quelques semaines viendront les sodas melon-nippons… Faudra être bien accroché). Cet arôme de citron dégustable, donc, expliquerait la mainmise établie par la société Suntory, détentrice de C.C. Lemon, dans les linéaires soda? En minorité, peut-être. Mais la compagnie fondée en 1899 à Osaka possède d’autres atouts dans son jeu. Sinon comment expliquer que la société elle-même possède le marché des boissons alcoolisées (fusion imminente avec le géant de la bière Kirin), une salle de spectacle à son nom et sa propre équipe de rugby, championne en 2008 et dans laquelle joue George Gregan? Passons… Si le C.C. Lemon occupe la troisième place du marché japonais des boissons gazeuses, juste derrière les deux trusts C***-C*** et Pepsi – ce dernier étant distribué sur le territoire par la Suntory, tout comme Orangina, c’est également grâce à un partenariat marketing sans précédent. Eh oui, le Soleil se lève à l’Est, mes amis, et l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Et en matière d’innovation, on ne vante plus les mérites du savoir-faire japonais.

En 1994, Suntory possède la quasi-totalité du marché de l’alcool japonais. Autant dire que ça doit s’ennuyer ferme dans les locaux de la maison-mère. C’est alors que la matière grise de la compagnie dessine un nouveau challenge : conquérir l’univers… Des boissons gazeuses. Ce sera le citron et, of course, sa couleur or qui porteront haut l’étendard de Suntory dans les rayons soda. Qui d’autre est plus jaune que le C.C Lemon et écrase tout sur son passage au beau milieu des 90’s? Les Simpsons. Une visibilité à grand échelle et immédiate à la clé, Suntory signe un accord avec les ayant droits des personnages fétiches de Matt Groening. Pendant près de dix ans, les Simpsons refléteront l’image d’un soda au citron cool et familial, quoiqu’un peu barré. Et surtout, n’oubliez pas votre tripotée de produits dérivés comme on sait si bien les faire du côté de Tokyo. Une méthode éculée de la part du géant japonais de la boisson, qui a toujours porté ses fruits. Conscient du capital sympathie que possède les Occidentaux auprès des japonais, Suntory utilise des figures populaires et médiatiques pour vanter les mérites de ses breuvages dès la fin des années 70. A l’époque, le duo populaire The Carpenters partagent l’encart en deux avec le grand Sammy Davis Jr. Et si le film Lost In Translation vous semble étonnamment réaliste, c’est parce que la réalisatrice Sofia Coppola s’est inspiré de son père pour l’intrigue de sa péloche. Venu produire le Kagemusha de l’immense Akira Kurosawa, le barbu du Parrain s’est retrouvé « coincé » lui aussi dans les tubes cathodiques nippons.

C.C. Lemon? Si si la famille!

Un syndrome en phase de se reproduire. Pour faire souffler la famille la plus populaire de Springfield, Suntory a créé le personnage de Mister C.C. Lemon ces dernières années : interprété par l’obscur acteur américain mais japano-populaire Guy Totaro, Mister C.C. Lemon surgit tel un génie hors de sa lampe et aide gentiment les buveurs de C.C. Lemon (prononcé « Chi-chi Lemong », l’accent anglo-japonais faisant le reste). Mieux, coiffé d’une bouclette au pento frontale à faire pâlir Superman et n’importe quel corse en goguette, Mister C.C. Lemon fait le bellâtre dans son habit intégral jaune poussin. Et s’il vous plaît, toujours accompagné d’une ritournelle gnangnan, qui habille les spots de C.C. Lemon depuis sa création. « Takyu! ». Trêve de palabres et rentrons dans le vif du sujet, amis esthètes et sodactivistes! Ah bah… A vrai dire, ça va être vite fait… Un goût de citron très prononcé, c’est logique, sans toutefois l’agressivité du sucre qu’on retrouve parfois dans le Fanta ou le Mirinda citron. Acide juste ce qu’il faut, cette boisson gazeuse ne provoque pas d’ulcère comme un Pulco pur. Cerise sur le gâteau, une sensation de fraîcheur vivifiante qu’on ressent rarement avec les autres boissons gazeuses. L’équivalent en vitamine C de 70 citrons dans une bouteille de 50cl d’après l’étiquette, c’est dire (même si certains détracteurs assurent qu’il s’agit d’une publicité mensongère)!

Après cette chronique, il n’empêche que je ne sais toujours pas pourquoi le nom du soda commence par C.C. Je suis sûrement le seul à me poser cette question en France, tant le soda ne jouit pas d’une incommensurable aura en Occident (difficile à trouver). Mais bon, tout le monde sait qu’hormis l’industrie, le comportement insulaire nippon penche plus du côté de l’import que de l’export… Bref, C.C. ne veut sûrement pas dire « centimètre cube ». Peut-être le C.C. Lemon s’inspire t-il des deux initiales du Diable fait soda. Ou encore, sa teneur supposée en vitamine C étant ce qu’elle est, cette boisson gazeuse peut se targuer de non pas un mais deux C… J’attends vos idées, aidez-moi!!! Nous touchons à la fin de notre article et, l’ayant entamé de la plus belle manière avec un calembour niveau Carambar (un carembour?), je m’en vais le terminer itou : que font deux chiens qui se croisent à Tokyo? Ils se jappent au nez. Ne me tapez pas, j’ai des lunettes!

Informations pratiques : Etant donné qu’il est très difficile de le trouver, le C.C. Lemon n’est pas donné. 2,90€ les 50cl chez Kioko, 46 rue des Petits-Champs PARIS 2 (Métro Pyramides). Mais j’en suis sûr, les plus japanisants d’entre nous sont prêts à tous les sacrifices pour ressembler à une écolière à jupe plissée. Trop kawaii^^.

Matthieu Rostac

Crédit photo : Aurore Colibert

PS : Vous avez vu? Pas une seule allusion raciste alors que le soda est asiatique et de couleur jaune. Ah ben si, maintenant c’est fait. Merde…