Archives mensuelles : décembre 2009

Irn-Bru : if it’s not scottish, it’s crrrap!(*)

Un slogan osé et expéditif qui résume l’essence-même de la boisson nationale écossaise, le whisky l’Irn-Bru (prononcé Aïrenbru), voire par extrapolation, la nation écossaise lui-même (**).

Primo, l’écossais est fier. Comme n’importe quel britannique, vous me direz, mais les sentiments d’indépendance et de liberté sont bien plus puissants et flagrants une fois passé le Mur d’Hadrien. A tel point qu’en chaque écossais sommeille un William Wallace (le vrai, pas celui de Mel Gibson dans Braveheart). D’ailleurs, pour exemple, allez dire à un écossais qu’il est anglais… T’auras droit à une pèche bouillante! Bref, no more digressions. Donc l’écossais est fier. Très fier même. De sa culture, surtout. De sa gastronomie, parfois, et c’est bien ça le problème. Donc ce qui est d’origine écossaise est bon pour l’écossais (cf théorie fumeuse (***)). Plus que tout autre chose. Oubliez le Haggis et le Bruichladdich, pensez Fish’n’chips et Irn-Bru. Le taux en cholestérol du poisson frit local étant ce qu’il est, l’un ne va pas sans l’autre. Car l’Irn-Bru, ça nettoie la panse. Et pas que celle de brebis… D’ailleurs, le Irn-Bru est vivement conseillé, et ce de manière très sérieuse par les pharmaciens, pour les lendemains de cuite. Autant vous dire, donc, que la boisson orange fondée par Andrew Grieg Barr dans la petite ville de Falkirk en 1901 part comme des petits pains dans les divers points de restauration et GMS scots. Une institution nationale, en somme, qui s’est offert le luxe durant près d’un siècle de bouter les assaillants ricains du soda C*** et Pepsi du haut du marché. « Malheureusement », depuis 2003, la société A.G Barr et son produit phare Irn-Bru vendent autant que les deux autres. Autrement dit, l’historique combativité écossaise n’est pas près de prendre fin. Sur le terrain de Murrayfield comme dans les linéaires « boissons gazeuses » Tesco ou Somerfield.

Arrêtons les clichés! Les écossais ne sont pas roux! Moches, oui, mais pas roux.

Deuzio, l’écossais est costaud. La preuve : les Highlands Games. Ses lancers de lourdes pierres et de troncs d’arbres par des barbus râblés en kilt, chaque été. Focking graïte, man! Pendant les décénnies 70 et 80, la signature de Irn-Bru a été « Made in Scotland, from girders », fabriqué en Ecosse, à partir de poutrelles. Mieux, la première fois que le slogan fut utilisé, il s’est vu illustré par le pont de Forth Bridge. Un symbole. Tout d’abord, du fait que la boisson contienne une infime quantité – 0,002% – de citrate ferrique d’ammonium (ôtée de la recette en 1999, car dangereux, sont fous ces écossais). Ensuite et toujours, pour la fierté : l’Irn-Bru est une boisson qui rend fort et donc combatif (trop puissant l’Irn-Bru). Apposez à ça un bâtiment qui représente toute la « force » nationale et vous avez un concentré d’identité nationale! D’ailleurs, Irn-Bru se nommait anciennement « Iron Brew », décoction de fer in scottish. Et ça, ça poutre!

Tertio, l’écossais est drôle. Voire très drôle. Et so shocking, avec ça. Rappelez-vous que tout écossais qui se respecte ne porte rien sous son kilt. A l’instar de son cousin irlandais Ryan Air, Irn-Bru joue intelligemment avec les nerfs et les zygomatiques d’Ecosse et tient sur la longueur par rapport aux machines de guerre sodaïques américaines. Irn-Bru rend heureux les gothiques qui se morfondent dans leurs chambres d’ados. Lorsque l’équipe d’Ecosse ne se qualifie pas pour le Mondial de football en 2006, elle décide de l’emmener quand même. Si elle ne transforme pas les papys sympas en gros dégueus prêts à tout pour a sip de boisson orange. Et lorsqu’Irn-Bru lance sa boisson énergisante 32, c’est à un gros coucou à l’accent écossais des tréfonds de Glasgow qu’elle confie l’image. Voilà pour la partie sympatoche. Car Irn-Bru sait également taper là où ça fait mal. Elle rend les bonhommes de neige tueurs d’enfants quand ces derniers ne veulent pas partager leur canette. Ou transforme les mères de famille parfaites en shemale potentiel et les bébés en oisif consommateur de boisson gazeuse orange. Foudres des associations de parents, de transsexuels, de religieux, obviously. Résultat : les ventes claquent!

Hey c’mon buddy! Viens danser la gigue!

Mais concrètement, l’Irn-Bru, c’est quoi? Si ce n’est un breuvage orange mécanique? Trente-deux ingrédients divers et variés dans sa composition (d’où le 32 de la boisson énergisante) qui font de l’Irn-Bru un breuvage… Hétéroclite. Si tant est qu’on ose y goûter après la fracture nasale due à l’odeur poussive du décapsulage. Tour à tour, les arômes de chewing-gum, banane, pêche, citron, arlequin vous punchent la tronche et vous font moucher orange. Personnellement, j’adore. Peut-être parce que c’est écossais, à vrai dire. Toujours est-il que la canette se finit sans mal et qu’il est assez marrant de boire l’Ecosse en dix minutes, vitesse grand V.

Sur le plan commercial, Irn-Bru, c’est une réussite indéniable. Leader dans son pays et concurrent opiniâtre sur le marché britannique, la société A.G Barr a également placé ses billes dans les pays anglophones (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande), en Europe et au Moyen-Orient. Les frondeurs du soda s’offrent même le luxe de s’implanter chez le cousin/rival américain depuis 2002, faisant sentir au passage les épines de leur chardon ardent. On avait pas vu pareil succès planétaire de l’Ecosse depuis Ewan McGregor!

Il n’empêche que, malgré cette expansion phénoménale, A.G Barr et Irn-Bru ont gardé ce savoir-faire artisanal qui donne tant de charme aux boissons gazeuses old school. Le directeur de la société, Robin Barr, est le seul à connaître la recette de l’Irn-Bru. Une fois par mois, il effectue lui-même les mélanges pour la commercialisation. A 71 ans, il s’apprête à laisser la place à sa secrétaire de fille qui à son tour deviendra l’unique détentrice du succès de ce scot-da. Qui, espérons, nous laissera longtemps nous exclamer encore « je ne pensais pas prendre autant de plaisir avec seulement 11 centimètres! ».

Informations techniques : Veuillez observer quand même que j’me fous pas d’votre gueule. La canette d’Irn-Bru shooté est une des 5 millions éditées par A.G Barr pour fêter les 108 ans de la boisson orange, modèle datant de 1947. Je l’ai acquise par hasard dans un magasin de whisky de la petite ville de Pitlochry, Robertson’s. Sinon, si vous voulez vraiment goûter cette merveille, faites un petit tour à l’Epicerie Anglaise, 5 cité du Wauxhall PARIS 10 (métro République). 1,50€ la canette de 33cl, c’est une aubaine. Par contre, 5,95€ pour 2l, c’est un peu plus ardu…

D’autres publicités Irn-Bru :

Affiche 1

Affiche 2

Affiche 3

Vidéo 1

Vidéo 2

Matthieu Rostac

Crédit photo : Plein de liens obscurs, IGS.net et Aurore Colibert. D’ailleurs, je vous invite à profiter du site de la demoiselle, où de jolies photos se trouvent à l’intérieur, entre autres.

(*) Si ça n’est pas écossais, c’est de la meeerde!

(**) Durant longtemps, la boisson orange s’est longtemps vu affublé du surnom « d’autre boisson nationale écossaise ».

(***) Le XV du Chardon, équipe de rugby d’Ecosse, porte haut les couleurs marine et blanc du drapeau écossais lorsqu’elle joue à domicile. Mais à l’extérieur, elle se déplace en orange. Or, il n’y a jamais eu de orange dans l’histoire écossaise. La couleur si caractéristique du Irn-Bru serait-elle à l’origine de ce choix? Tatiiin…

Mais que Diable était-il venu faire dans cette galère?

Ah non, merde, c'est pas ça...

Mysa serait-il prophète ou illuminé? Rappeur conscient à la limite bien dépassée de l’anticapitalisme, celui qui se fait appeler le « raptivist » vient de faire paraître son dernier album Enfermé dehors, jamais libre en téléchargement gratuit parce que « c’est la crise, la dèch’, la hass maintenant… Plus de temps à perdre. L’album est prêt, le peuple ne l’est pas ». Autant dire que Mysa déconne pas. Quitte à se prendre parfois un peu trop au sérieux. Mais ses élucubrations finiront-elles par faire parler de lui à défaut de sa musique? Car Mysa voit le Diable partout : au volant d’une Ferrari comme sur les étiquettes de C***-C***!

On connaissait les multiples manifestations du Ku Klux Klan sur les paquets de Marlboro ainsi que le profil du Général De Gaulle sur les anciennes boîtes de Vache qui Rit, mais Belzébuth chez C***… Enfin, je vous l’avais dit, le soda rouge, c’est le Diable! Mais personne ne m’écoute jamais… Ecouteront-ils Mysa? A en croire les 116 000 curieux et quelque qui se sont déjà bousculées pour voir sa vidéo publiée sur Dailymotion, il faut croire que oui!

Dans ladite vidéo, le rappeur originaire de Metz explique comment, en retournant l’une contre l’autre deux étiquettes de C***-C***, on peut y voir des dessins liturgiques à la gloire de Satan. Et dans sa voiture, lumière porte ouverte « on », s’il vous plaît. « Pour ceux qui pensent qu’on est pas dirigé par des satanistes, des gens qui marchent en lobby (sic) et des gens qui veulent pervertir le monde par l’argent » hêle Mysa, comme pour réunir les fidèles de sa nouvelle prophétie. Beaucoup d’interprétation au final, tant on a du mal à croire que les huiles d’Atlanta puissent avoir une table de réunion en pentacle et des ouijas en guise d’ordinateurs.

Mais ce n’est pas tout, mes amis! Mysa a – et pour de vrai, en prime! – des adeptes « qui vont bien nous montrer qu’on est dirigés par des satanistes, des intermondialistes qui veulent imposer un nouvel ordre mondial » et ce, grâce à une vidéo de portable ambiance tamisée/cave, étiquette de Fanta Orange-Fruits Rouges à l’appui, où l’on mélange la franc-maçonnerie, le Sheitan et Roswell… Ca reste drôle : « une chauve-souris sanguinaire (…) c’est de l’orange-fruits rouges donc on suce le sang, on suce le sang de ces pauvres gens! » vocifère le mec, über-convaincu de sa trouvaille. Mais y a du malheur quand même! D’autant que le fameux Mysa récupère la vidéo des adeptes et la réinterprète à sa façon. Et là, on en est sûr, Mysa pas content et surtout, complètement parano (ici)…

Six minutes d’explication apocalyptico-sérieuse sur Fanta et le Diable, sur fond de grippe H1N1. Car oui, la bouteille incriminée est du Fanta World Mexique… Hinhinhin. Mention spéciale aux mots-clés de la dernière vidéo : grippe porcine, illuminatis, Bildeberg, Irak, code barre, Nestlé, Hitler, Tchetchenie, ONU, jihad, pour ne citer qu’eux. Alors, soit c’est un génie du keyword, soit il est vraiment, mais vraiment, frappé du bocal le prophète Mysa. Je veux bien qu’on puisse croire que C***-C*** Company, c’est le Diable parce qu’une ode au capitalisme et la mondialisation, qu’elle exploite les pays du Tiers-Monde, etc. Mais bon, là, on s’approche dangereusement du délire éparpillé conspirationnel de Fox Mulder dans X-Files ou de Mel Gibson dans Complots. Et malheureusement, ce n’est en aucun cas de la fiction et Mysa n’est plus le seul « cocaliste ». Dommage Mysa, ton rap conscient, il était pas si mal au départ…

Matthieu Rostac

Crédit photo : Elipack Emballages et Buzzman-TV.com

Merci à Matthieu pour le lien et à l’agence publicitaire Buzzman pour le logo C***-C*** inversé!

Coca-Cola : un Père Noël rouge de honte?

Coca-Cola et le Noël Papa… « Oh non, pas encore cette histoire! On nous l’a raconté des dizaines (voire plus) de fois! ». Je vous entends d’ores et déjà arriver sur vos grands chevaux, vous, adeptes de la sacro-sainte nouveauté de la nébuleuse bloguesque. Eh bien si, il faut quand même passer par les fondamentaux historiques pour maîtriser le présent, même en matière de soda. Et puis vous verrez, vous allez apprendre plein de choses intéressantes dans cet article! Enfin, pour l’assistance la plus réticente, je lui rétorque que nous sommes en période de Noël et quoi de mieux que la fameuse légende urbaine qui lie le fameux cola rouge et le bonhomme qui a remplacé Jésus depuis belle lurette dans nos coeurs d’enfants accros au glucose. Et toc!

On va pas y aller avec le dos de la cuillère et on va révéler le pot aux rose : le Père Noël n’est pas une invention du diabolique soda rouge et ses lutins ne se trouvent pas à Atlanta. « Oh mon Dieu! On m’aurait menti! J’en étais pourtant sûr, ces salauds de libéraux de chez C***! ». Blablabla… Ben non, le Père Noël dans sa forme « moderne » existait bien avant, pour tout vous avouer. Depuis le XIXe siècle pour être plus exact. A l’époque où la populasse amerloque, toujours ancrée dans son passé d’immigrante, le confondait encore avec le patriarche Saint-Nicolas, le pasteur Clément Clark Moore décrivait les bases du désormais Papa traditio-Noël dans son conte « The Night Before Christmas ». Et en 1821, Sinterklaas (Saint-Nicolas en néerlandais) s’américanisait en Santa Claus et adoptait le total look : longue barbe, joues rouges et ventripotent. Le Père Noël sera gros donc sympa. Quant à sa couleur rouge, présumée oeuvre du Diable fait soda, les avis divergent. Certains affirmeront qu’il ne s’agit là que d’une reprise du costume de Saint-Nicolas, pour d’autres tout porte à croire qu’elle est l’oeuvre de l’illustrateur Thomas Nast (aucun lien avec un quelconque et mauvais groupe de musique, je crois). En 1863, ce dernier représente dans la revue Harper’s Illustrated weekly le bonhomme ventru vêtu d’une veste et d’un pantalon rouge, tenus par un large ceinturon. Toujours pas d’apparition de C***-C***, donc.

Mieux, le soda rouge ne sera pas le premier à user de l’icône païenne de la nativité sur son propre terrain, la publicité. La marque de cigarette américaine Murad utilisait dès 1919 l’image d’un Père Noël junkie du porte-cigarette façon Loulou de Pabst (moins sexy que Louise Brooks, quand même!), aux antipodes du sempiternel fumer tue. Pis, le texte de la réclame assurait que lorsque Santa Claus demandait aux enfants ce qu’ils souhaitaient pour Noël, ces derniers choisissaient tous un bon paquet de mougeasses qui fait tousser. Prends ça, Ministre de la Santé! Quelques années plus tard, le soda rouge se voit même supplanté par un autre soda puisqu’en 1923 la Ginger Ale White Rock Beverages croque un Papa Noël bedonnant et rougeaud qui se frotte la panse en même temps qu’il se délecte des lettres d’enfant, une bouteille de bourbon sur la table. Prends ça, Charles Bukowski!

Tu aimes les enfants? Un peu trop? Et tu ne peux plus cacher ce secret? Deviens Père Noël avec C***-C***!

Et là, vous vous dites, C*** sont des grosses baltringues qui n’ont fait que pomper un concept qui ne doit son succès qu’à un matraquage à grande échelle. Oui mais non. On est à l’hiver 1931, la Grande Dépression pointe le bout de son nez avec un peu d’épaules, histoire de mettre la tête bien dedans. Le Diable rouge est dans les choux. A l’époque où Santa Claus n’avait pas de Barbie à distribuer, les pontes d’Atlanta se frottaient les mains devant les fours en dealant avec les nazis en Reichie (mais chuuut!). Problème, ça consomme plus sous la bannière étiolée… pardon, étoilée. Notamment en cette période d’hiver. C’est à ce moment-là qu’intervient un nouvel illustrateur, Haddon Sundblom. S’inspirant du conte de Moore, ce dernier représente le Père Noël une bouteille de C***-C*** à la main, histoire de reprendre des forces avant de repartir pour sa tournée mondiale de trains en bois et d’oranges dans les socks. Derrière ça, et pendant une trentaine d’années, la soda rouge bombarde les espaces publicitaires de Papas Noël tous aussi sympas les uns que les autres parce qu’ils consomment grave (mais trop quoi!) de C***. Haddon Sundblom, quant à lui, finira dans les calendars de pin-ups. Awesome. L’assurance d’une vie bien remplie.

Mais une question me brûle les lèvres : pourquoi donc tout le monde s’est acharné sur le Diable fait soda? Loin de moi l’idée de le défendre mais bon, étrange réaction que celle-ci. Après une tentative d’explication scientifique avec un spécialiste des légendes urbaines avortée, j’ai décidé de me lancer. A mon humble avis, une telle histoire a été créée de toutes pièces afin de voir un géant du consumérisme démoli par la conscience populaire. C$$$-C$$$ génère trop de fric et ça gène dans l’éthique. Accusons-les donc de jouer avec une icône populaire et mondialement connue synonyme de rêve et de féerie, concept dégueulasse, vous en convenez. Enfin bon, quand il s’agit de pasticher Rita Hayworth en Gilda ou d’utiliser des pipoles chanteurs, personne moufte. Oui, mais on s’attaque à l’imaginaire, là! Faut faire quelque chose… Et Nathan Grills, alors, on l’emmerde pas? Selon lui, le Père est un mauvais exemple parce qu’il cherche pas à perdre son ventre et cultive son embonpoint en faisant du traîneau, l’bâtard. Responsable de l’obésité chez l’enfant, donc. Mouais. Mon conseil, continue à boire du soda p’tit Père Noël, ça vaudra mieux. Et surtout du Coca-Cola (oups, j’ai lâché le mot). Parce que bon, Santa Claus en bleu Pepsi, sincèrement, ça l’aurait pas fait…

Matthieu Rostac

Crédit photo : ZPR Services

Royal Soda : un règne sans partage sur les DOM TOM. Et la Métropole, dans tout ça?


Pour plus de véracité, cet article aurait dû se nommer « SNEMBG : un règne sans partage sur les DOM TOM ». Mais si j’avais fait cela, le bon jeu de mot/punchline facile qui t’accroche l’oeil ne serait plus et mon article aurait fait fuir le peu d’internautes dont je peux me targuer. Passons. Enfin, pas tout à fait. Qu’est-ce qui se cache derrière ce sigle SNEMBG et surtout, quel est son lien avec le soda Royal Soda? Très simple, la Société Nouvelle des Etablissements Modernes de Boissons Gazeuses, franchise C***-C*** et Orangina martiniquaise qui possède et commercialise peu ou prou tout ce qui contient des bulles aux Antilles, n’est autre que la fière génitrice du Royal Soda, fils à bulles gazéi-parfait. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la pieuvre sodaïco-créole et qui aime la grosse pommade passée grossièrement, c’est ici.

Un fils parfait, en effet, tant sa polyvalence donne du fil à retordre aux autres boissons gazeuses du marché. Enfin, lorsqu’elles ne font pas partie de la même grande famille SNEMBG (L’Ordinaire, Kili-Bibi, etc). Les multiples arômes du Royal Soda, pas toujours convaincants au demeurant, lui donnent le statut de gamme la plus élargie des linéaires antillais. Sinobol (glace pilée proche du Granini), Ananas, Anis, Orgeat ou encore Grenadine. Le meilleur, paraît-il. Car pour ma part, j’ai testé les arômes Banane et Kampane. Et mon palais s’en rappelle encore…

N’ayant toujours pas réussi à élucider le mystère du kampane, je vous livrerai mes impressions telles quelles. Le Royal Soda Kampane dégage, de prime abord, une odeur assez forte qui laisse vite la place à un goût outrancier et caramélisé. Un retour « poivré » et une légère pâteuse achève cette première gorgée laborieuse pour ma petite becquée d’européen. La saveur qui emplit la bouche et les narines m’avait alors rappelé les effluves si caractéristiques des boutiques africaines de Château-Rouge (tresses, dombolo et sapologie inside). La couleur, elle, est d’un marron quelque peu translucide. Le kampane, c’est marron, alors? C’est un fruit? Une racine? S’il vous plaît, répondez-moi! Je vous implore, dites-moi ce qu’est le kampane! Je n’en dors plus la nuit… A l’inverse, pour la banane et son goût, je connais sa couleur. Constat : on doit pas avoir les mêmes bananes de l’autre côté de l’Atlantique. La boisson est d’un orange vif voire effrayant. Sunglasses at night de rigueur. Le goût, lui, est très chimique : extrêment sirupeux, le Royal Soda évoque vaguement une saveur de banane qui peut rapidement écoeurer. A boire vite donc, d’autant que la boisson s’aplatit rapidement. Et pourtant, certains aiment… Je vous le donne en mille, en Europe, nous ne sommes pas encore habitués à ces saveurs démesurées. Sinon, comment expliquer la rareté du Royal Soda dans l’Hexagone?

Pénurie de Royal Soda à Barcelone. Eric Abidal est contraint de boire un Starbuck's. "Ou ka manké mwen" aurait-il déclaré, peiné.

Nombreux sont les adeptes en Métropole de ce monarque qu’on prendrait facilement pour l’Arlésienne des sodas. Nombreux sont également ceux qui déclarent sur les forums arpenter les épiceries asiatiques à sa recherche désespérée. Certains en viennent même à l’utiliser comme blaze pour leur skyblog. Trop LOL, quoi. Sans compter la foultitude de groupes Facebook érigés en l’honneur du roi des Antilles gazéifiées. Le groupe « Je Bois « ROYAL SODA & CARESSE ANTILLAISE » parce qu’il n’ y a que ça de vrai » se permet même le luxe de s’offrir près de 2000 membres. Belle communauté d’esthètes! Dans tous les cas, dès 1984, on avait la preuve tangible que le Royal Soda était le must en matière de soda « coolissimo ». Soit la même décennie que la lambada et le zouk. Coeur Caraïbes les 80’s, y a pas à tortiller. A ce titre, et ce sera ma désormais mauvaise et habituelle chute, je parapherais le deuxième chantre de la négritude, après Aimé Césaire, j’ai nommé Lilian Thuram, qui disait à peu près cela : « A tous ceux qui se battent pour savoir qui sont les meilleurs des Beatles ou des Rolling Stones, je me dis que ces gens-là n’ont jamais écouté Kassav! »(*). Eh bien, à tous les gens qui se battent pour savoir lequel est meilleur entre le Diable fait soda et Pepsi, je leur dit qu’il n’ont jamais goûté le Royal Soda. Mouhaha.

Indications techniques : Certes, le Royal soda est rare mais vous le trouverez sans aucun doute Au 14 Marché, 14 rue Marx Dormoy (Métro Marx Dormoy ou La Chapelle). La dernière fois que j’y suis passé, tous les goûts s’y trouvaient à l’exception de l’orgeat et la bouteille de 50cl coûtait 1,39€ si mes souvenirs sont bons. Va falloir qu’ils me paient les pakistanais du 14 pour toute cette pub latente!

Matthieu Rostac

Crédit photo : Aurore Colibert et Pure People

(*) Propos recueillis par l’excellent So Foot, si mes souvenirs sont bons.

Canada Dry : théorie du complot et disparition des corps

De nos jours, que reste-t-il du Canada Dry en France? Concrètement, des images d’Epinal biaisées, en portafaux. Raté pour une boisson dont l’authenticité est le cheval de bataille.

De boisson phare des années 80, du temps où elle appartenait à Schweppes, le Canada Dry est quasiment passé au statut de sodanonyme au sein du linéaire « boissons gazeuses » des centres commerciaux hexagonaux. D’ailleurs, on oublie souvent que le Canada Dry est une marque à gamme élargie, à défaut d’être une simple boisson à la saveure légère de gingembre. Car si jusqu’aux années 80, Canada Dry peut se targuer d’occuper une bonne petite part du marché des sodas en France avec plusieurs sodas, seul perdure désormais l’indémodable Ginger Ale aux tons verts et dorés. Lorsque le site américain CanadaDry.com présente une gamme de quatre boissons gazeuses (Ginger Ale, Thé Vert, Tonic et Soda), sa version « point éfère » s’enorgueillit de ne présenter qu’un seul modèle en homepage. Mais attention, roulement de tambours, sous deux formes : bouteilles d’1,5l et canette. N’oublions pas que le coq est le seul oiseau qui chante les pieds de la merde… Alors comment expliquer cet exode sodaïque massif?

Disons qu’en France, la marque Canada Dry est peut-être la seule à avoir souffert de la publicité ronflante eighties des Seguela et consorts. Pas forcément la faute aux cupides publicitaires, hein, comme on a souvent besoin de le faire croire. Plutôt celle des médias – méchants médias, méchants! – qui, à la suite d’une vague de pubs télé qui marqueront les esprits (ici et ), détourneront le fameux slogan « Ça ressemble à l’alcool, c’est doré comme l’alcool… mais ce n’est pas de l’alcool ». Petite parenthèse : notez qu’à l’époque, il fallait être un sacré sauveur de la veuve et l’orphelin, doté de parades d’une ingéniosité folle, pour boire du Canada Dry… Soit, dès lors, la marque Canada Dry (qui vient réellement du Canada, un autre point souvent mis en doute) sera assimilée au faux et à la manipulation. En 2002, l’irréductible juge Charles Duchaine fera paraître chez Michel Lafon l’ouvrage Juge à Monaco : une justice Canada Dry dans lequel il stigmatisera les magouilles qui suintent du Rocher. Quant à Daniel Cohn-Bendit, nul doute qu’il eût apprécié le dossier du mensuel La Décroissance, qui l’affublait en février dernier de « Canada Dry de la politique : ça a la couleur de la rébellion, l’odeur de la rébellion, le goût de la rébellion, mais ce n’est pas de la rébellion » (Merci Wiki). En 2009, les pourfendeurs dénonciateurs de tous bords s’en sont donnés à coeur-joie avec le soda au goût de gingembre. Certains s’en sortent pas trop mal, d’autres pas (*). Les médias ont-ils donc eu raison du succès du Canada Dry en France? On peut se poser la question même si, à mon humble avis, le problème vient surtout du soda Ginger Ale qui revisa sa gamme en cannibalisant ses frères de marque. Alliez à cela un changement de propriétaire (Dr. Pepper Snapple Group rachète à Schweppes) qui amena sans doute l’amputation des budgets communication, et un positionnement axé sur les grands espaces et hop, le Canada Dry n’est plus qu’un vague souvenir de notre enfance. Et puis merde, on est gros, on aime le sucre alors si on veut rêver de grands espaces, on prend une inaccessible étoile : on va au cinéma dynamique de La Géode, on va chez France Loisirs baver sur un beau livre de photos de l’Everest mais jamais Ô grand jamais, on ne boit un soda. Punkt, ya?!

Louis Garrel? Un acteur "Canada Dry"

De toute façon, dès le départ, la marque Canada Dry partait sur de mauvais bases concernant l’authenticité. Son fondateur est John J. McLaughlin et tout bon mélomane sait qu’il n’y qu’UN seul John McLaughlin et il s’agit de celui que l’on surnomme Mahavishnu, l’un des plus grands guitaristes que la musique ait connu, auteur du bien-nommé groupe Mahavishnu Orchestra (vivement recommandé, vous vous en doutez). OK, John « Soda » McLaughlin a inventé le Ginger Ale en 1904 et John « The One & Only » McLaughlin est né en 1942, ce qui fait que mon débat d’authenticité est anti-daté mais je m’en fous, c’est mon blog et je fais qu’est-ce que j’veux.

Bref, passons cet écart hautement évitable et revenons à nos moutons. Le goût unique du Canada Dry, en somme. Canada Dry appartient à la filière Dr. Pepper/Seven Up du Dr. Pepper Group. Peu étonnant donc d’y retrouver certaines saveurs connexes avec la boisson Fido Dido. Notamment ce léger goût citronné, bien appuyé par le glucose. Par contre, pour la saveur de gingembre, on repassera. Certes, l’arôme de gingembre est annoncé comme « subtil » mais sincèrement, je le cherche encore. Remarquez, il vaut mieux ça qu’une bonne Ginger Beer des familles, tellement cocottée au gingembre qu’elle vous donne une érection en même temps que la nausée (bientôt, chronique sur la Ginger Beer Old Jamaïca). Quant au reste, il est clairement indéfinissable. mais c’est aussi cela qui fait le charme nostalgique du Canada Dry.

Pour la petite anecdote, et parce que je n’ai pas d’autre chute, je vais vous dépeindre l’impact du Canada Dry sur notre génération 70-80. Lors de mon dernier réveillon, l’hôte de la soirée se réveille et pousse un « oh » catastrophé au milieu d’un salon qui ressemble à Verdun. « Que se passe-t-il? ». Et lui de répondre : « Y a plus d’Canada Dry !».

Matthieu Rostac

Crédit photo : Aurore Colibert et Louis Garrel Addict (eh oui, ça existe!)

(*) Philippe Geluck en culture, le PCF de Martigues et le journal franco-thaïlandais Gavroche en politique ont usé de l’expression avec plus ou moins d’habileté cette année. Mais le syndrome Canada Dry n’est pas toujours synonyme de révélation scandaleuse réussie : Claude Rullier, choqué par l’élection entachée de discrimination positive de Malika Ménard au titre de Miss France 2010, a fondé courageusement le groupe MISS FRANCE 2010: LA MISS CANADA DRY le 6 décembre 2009 sur Facebook. Au 15 du même mois, le groupe arbore fièrement deux membres. Dont le téméraire Claude Rullier. Globulerougeetbleu, lui, ne doit pas beaucoup aimer le football.

J’aime le soda. Et plutôt deux fois qu’une…

Galcos Soda Pop Stop, Los Angeles, Californie. Un eldorado, tout bonnement. Lorsque John Nese récupère la boutique de son père et la transforme en « magasin de soda », le bonhomme n’a pas idée du succès qu’il aura plus tard… Eh oui, c’est un passionné du soda. An « obsessive » même, comme le suggère le titre de la vidéo. Personnellement, c’est mon héros. D’autant que ce monsieur s’est enorgueillit d’une lutte hautement respectable : faire vivre les sodas artisanaux et familiaux malgré les trusts à bulles. C’est révolutionnaire, fou ou réac’. Au choix. En fait non, j’aime pas, j’adore (le soda). Enjoy!

En plus, il a l’air sympa ce papy 😉 Tout comme le site qui publie cette vidéo et des recettes de ouf malade, Chow.com. Re-enjoy buddies!

Matthieu Rostac

Selecto : le Coca du pauvre n’en est pas un!

Avant de lancer Jaimelesoda.com, je me suis longtemps creusé la tête (si si, je vous assure!) afin de déterminer quel soda inaugurerait le mieux ce blog en fanfare. Il fallait un soda original, décalé, étranger mais qui puisse parler à (à peu près) tout le monde. C’est alors que le Selecto est venu jusqu’à moi (c’est une image, bien sûr)… Bon sang, mais c’est bien sûr! Le Selecto!!!

Même si la nébuleuse sodaïque te paraît complètement abstraite, tu as déjà été touché(e) par cette obscure boisson gazeuse qu’est le Selecto, toi, jeune et curieux internaute. Oui, car n’importe quelle personne normalement constituée, née dans les années 80(*) a déjà eu un contact, de près ou de loin, avec le roi des sodas algériens. Peut-être ne t’en rappelles-tu pas… C’était en 1999. La France est jeune championne du monde de foot, Paco Rabanne veut faire péter la planète avec l’aide des Soviets et le 113 sort son premier album, Les Princes de la Ville. Au sein duquel figure l’inénarrable tube générationnel Tonton du Bled. Léléla!

Souvenez-vous cette superbe punchline qui ouvre le pont musical du tube made in Vitry-sur-Seine(**) : « J’suis à la plage à Boulémat avec mon zinc et mon derbouka/Dans la main un verre de Selecto imitation Coca/Une couche de Zit-Zitoun sur le corps et sur les bras /Avec mon pote sur un fond de Zahouania ».

Mais il y était vraiment à Boulemat avec son zinc'?!

Eh oui, sans le vouloir, le 113 a tendu l’oreille de deux nombreuses personnes vers cette mystérieuse « chose » qu’est le Selecto imitation Coca. Alors, remettons les pendules à l’heure. Exactement, le Selecto n’est pas un ersatz de la diabolique boisson rouge comme on en trouve une foultitude dans les GMS. Le Selecto est une boisson gazeuse pionnière : elle voit le jour au début du XXe siècle, peu après les grands sodas américains, des mains talentueuses du « sourcier » algérien Youssef Hamoud, limonadier de son état. Un temps nommée Victoria, la boisson deviendra définitivement le Selecto, pour mieux illustrer la sélection minutieuse des ingrédients utilisés pour la concoction du breuvage. Ca, c’était pour la petite histoire. Maintenant, on va taper dans le bois dur, esthètes du soda.

Clairement, le Selecto n’a rien à voir avec le Diable fait soda C***-C***, la seule similitude résidant dans le secret de la recette et un vague rouge comme couleur d’appui. Non, le Selecto, c’est un habile mélange d’essence de pomme et un dosage glucidique de diabétique qui lui donnent une saveur surannée de joli bonbon. Un Arlequin de Lutti de 1,5l, pour synthétiser. Avec un petit plus indescriptible qui vous reste dans la bouche plusieurs minutes, une pâteuse agréable qui en fait selon moi la Rolls Royce des sodas du Maghreb. Le Selecto est donc un soda assez facile à terminer, si tant est que l’on est pas écoeuré par les effluves de saccharose. D’autant que la boisson garde ses bulles assez longtemps. Et puis bon, le packaging rouge/bleu saturé et sa police datée lui donnent un petit côté rétro-local. Pop the Casbah! Dis-moi, papy, c’était comment l’Algérie en 62? T’en mettais, toi, du Zit-Zitoun?

Indications techniques : Si vous comptez trouver du Selecto, je n’ai pas d’endroit en particulier à vous conseiller. On en trouve en GMS ( notamment au Supercasino, 125 Boulevard Vincent Auriol PARIS 13, métro Nationale) ou pour les puristes, dans les épiceries et autres alimentations générales des tréfonds du 18e arrondissement telles que le 14 Marché, 14 rue Marx Dormoy (Métro Marx Dormoy ou La Chapelle). Les prix oscillent entre 1 et 1,60€. Pas cher donc, pour une Rolls Royce.

Matthieu Rostac

Crédit photo : Aurore Colibert et un obscur Skyblog


* Pour ceux qui sont nés avant les années 80, logiquement, vous n’êtes plus en âge de consommer du soda. Vous êtes établis, une belle maison (à crédit), des enfants (à crédit aussi) et donc, point d’épicerie qui n’a de fine que le nom pour vous nettoyer l’estomac après un samedi soir mouvementé. A l’inverse, si tu es né après les années 80, ahah, va m’acheter de suite cet album collector du 113, monument de la dévolue culture Skyrock nineties.

** Paroles trouvées sur le collégial et élégant site de paroles Rap2France.com.